La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’Homme (LTDH) a alerté, ce lundi 12 janvier 2025, sur ce qu’elle qualifie d’« effondrement accéléré et préoccupant » du système de santé publique en Tunisie. Dans un communiqué sévère, l’organisation estime que l’État n’est plus en mesure d’honorer ses engagements constitutionnels et juridiques en matière de droit à la santé et à l’accès aux soins.
La Ligue rappelle que le droit à la santé est garanti par la Constitution tunisienne, notamment à travers l’article 37, mais aussi par plusieurs conventions internationales ratifiées par la Tunisie, dont l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et l’article 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Or, selon elle, la réalité du terrain est en totale contradiction avec ces engagements.
Pour la LTDH, la situation actuelle ne relève pas d’une crise conjoncturelle, mais bien d’un échec structurel et durable des politiques publiques en matière de santé. Elle pointe une responsabilité directe de l’État dans la dégradation continue du secteur public, marquée depuis des années par un sous-financement chronique, la vétusté des infrastructures hospitalières, l’absence d’équipements de base, les pénuries récurrentes de médicaments, ainsi que l’exode massif des compétences médicales et paramédicales. À cela s’ajoutent de profondes inégalités régionales et des orientations politiques qui, dans les faits, affaiblissent le secteur public au profit du privé.
La Ligue souligne que la situation a atteint un seuil critique ces derniers mois. Des milliers de citoyens se retrouvent privés de leur droit aux soins à la suite de l’arrêt de la délivrance des médicaments par les pharmacies privées aux assurés sociaux, conséquence directe de la rupture de contractualisation avec la Caisse nationale d’assurance maladie. Parallèlement, les pénuries touchent durement les médicaments destinés aux maladies chroniques et graves, notamment les traitements contre le cancer, ce que la LTDH considère comme une atteinte grave au droit à la santé et au droit à la vie.
Conditions humaines dégradantes
Selon l’organisation, de nombreux patients sont abandonnés à des conditions humaines dégradantes, renforçant les sentiments de précarité et de désespoir, tout en exposant leur intégrité physique à de sérieux risques, sans qu’aucune responsabilité politique ou administrative ne soit véritablement engagée.
Face à cette situation, la Ligue appelle à une intervention urgente et immédiate des autorités publiques. Elle exige en priorité une solution structurelle à la crise des caisses sociales, en particulier celle de la Cnam, afin de garantir la reprise sans conditions de la distribution des médicaments aux assurés sociaux. Elle appelle également le ministère de la Santé et la Pharmacie centrale à assumer pleinement leurs responsabilités légales et morales en assurant la disponibilité des médicaments destinés aux maladies chroniques et graves, considérant cette obligation comme non négociable et ne souffrant aucun retard.
La LTDH plaide enfin pour l’ouverture d’un dialogue national sérieux, transparent et inclusif sur les politiques de santé, loin des discours populistes et des promesses non tenues. L’objectif, selon elle, doit être la sauvegarde de la santé publique et la garantie d’un accès effectif et équitable aux soins pour l’ensemble des citoyens, sans discrimination.
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