Les exportations tunisiennes d’huile d’olive connaissent une progression spectaculaire. Au cours des neuf premiers mois de la campagne 2025/2026, les quantités exportées ont atteint 368.000 tonnes, contre 236.900 tonnes durant la même période de la saison précédente, soit une hausse de 55,3 %, selon les dernières données de l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI).
En valeur, les recettes ont progressé de 44,4 %, pour atteindre 4,605 milliards de dinars. Mais derrière ces chiffres impressionnants, une question se pose : pourquoi les exportations augmentent-elles aussi fortement, alors que la progression des recettes reste inférieure à celle des volumes ?
Une production exceptionnelle à l’origine de l’envolée
La première explication est relativement simple : la Tunisie dispose cette saison de beaucoup plus d’huile à vendre. La campagne 2025/2026 a été marquée par une récolte exceptionnelle. Les données et estimations sectorielles disponibles confirment que la production tunisienne a fortement progressé après une campagne précédente moins abondante. Le Conseil oléicole international avait notamment fait état d’une production tunisienne de 340.000 tonnes pour la campagne 2024/2025, en hausse de 55 % sur un an, dans un contexte de nette reprise de la production mondiale.
Cette abondance de l’offre permet mécaniquement à la Tunisie d’augmenter ses disponibilités exportables. Résultat : en neuf mois seulement, près de 368.000 tonnes d’huile ont été expédiées vers les marchés étrangers.
La hausse des exportations est donc avant tout une hausse des volumes disponibles et commercialisés.
Plus de tonnes vendues, mais pas une explosion équivalente des revenus
C’est ici que les chiffres deviennent particulièrement intéressants. Les quantités exportées ont augmenté de 55,3 %, tandis que les recettes n’ont progressé « que » de 44,4 %.
Autrement dit, la Tunisie vend beaucoup plus d’huile, mais chaque tonne supplémentaire ne génère pas nécessairement une hausse proportionnelle des recettes.
Cela s’explique notamment par l’évolution des prix internationaux. Après les niveaux exceptionnellement élevés observés lors des précédentes campagnes, en raison des mauvaises récoltes dans plusieurs grands pays producteurs méditerranéens, le marché mondial a progressivement connu une détente avec le retour de productions plus importantes.
Le Conseil oléicole international prévoit d’ailleurs une production mondiale de 3,44 millions de tonnes pour la campagne 2025/2026, après une forte reprise lors de la campagne précédente. L’augmentation de l’offre mondiale exerce logiquement une pression sur les prix.
En Tunisie, l’ONAGRI relève toutefois que le prix moyen à l’exportation a légèrement progressé de 1,4 % en juillet 2026 par rapport à juillet 2025. Cette évolution mensuelle positive intervient après des périodes où les prix moyens avaient connu des variations plus défavorables, notamment au début de la campagne. Les données disponibles pour les premiers mois de 2026 montrent ainsi que l’augmentation des recettes a principalement été tirée par les quantités exportées plutôt que par une forte hausse des prix.
Le vrai paradoxe : la Tunisie exporte surtout son huile en vrac
Le principal enseignement de ces chiffres concerne toutefois la structure même des exportations. Sur les 4,605 milliards de dinars de recettes enregistrées durant les neuf premiers mois de la saison, 81,4 % proviennent de l’huile d’olive exportée en vrac.
L’huile conditionnée ne représente que 18,6 % des recettes. Ce déséquilibre n’est pas nouveau. Lors des premiers mois de la campagne, la part de l’huile conditionnée dans les quantités exportées restait limitée, tandis que l’essentiel de l’huile tunisienne quittait le pays en vrac. Les données de l’ONAGRI ont régulièrement confirmé cette domination du vrac tout au long de la saison.
Le problème est économique : lorsqu’une huile est exportée en vrac, une partie importante de la valeur ajoutée peut être créée ailleurs, au moment du conditionnement, de la commercialisation et de la construction de la marque.
La bouteille, l’emballage, le marketing, la distribution et la notoriété commerciale peuvent alors profiter davantage aux entreprises qui achètent l’huile tunisienne pour la commercialiser sous leur propre marque.
La Tunisie vend donc une matière première agricole de grande valeur, mais ne capte pas toujours l’ensemble de la valeur créée jusqu’au consommateur final.
Pourquoi ne pas exporter davantage d’huile conditionnée ?
Les autorités tunisiennes ont elles-mêmes identifié cette question comme un enjeu stratégique.
Lors d’un conseil ministériel consacré à la préparation de la campagne 2025/2026, le gouvernement avait insisté sur la nécessité d’augmenter les exportations d’huile conditionnée, de développer de nouveaux marchés et d’encourager le conditionnement en Tunisie afin que l’origine tunisienne du produit soit davantage identifiée sur les marchés internationaux.
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Au premier semestre 2026, les exportations tunisiennes d’huile d’olive conditionnée ont atteint environ 41.000 tonnes, en hausse de 57 %, pour des recettes proches de 666 millions de dinars. Le nombre de destinations s’est également élargi à 62 marchés, avec des perspectives dans des pays comme le Brésil, la Chine, la Russie et la Jordanie, en plus des marchés traditionnels d’Amérique du Nord, du Golfe et d’Europe.
Le problème n’est donc pas l’absence de progression du conditionné, mais sa part encore insuffisante par rapport au volume total exporté.
Et l’huile biologique dans tout cela ?
L’huile d’olive biologique constitue également un segment important pour la Tunisie. Durant les neuf premiers mois de la saison 2025/2026, les exportations d’huile d’olive biologique ont atteint 51.200 tonnes, pour une valeur proche de 673,4 millions de dinars.
Ce segment représente un potentiel particulier, car le bio peut permettre de viser des marchés et des consommateurs prêts à payer davantage pour des produits répondant à des exigences spécifiques de qualité, de traçabilité et de certification.
Le défi tunisien : passer du record de volume au record de valeur
Les chiffres de la saison 2025/2026 confirment donc la puissance exportatrice de la filière tunisienne. 368.000 tonnes exportées en neuf mois. Plus de 4,6 milliards de dinars de recettes. Une hausse de plus de 55 % des volumes.
Mais le véritable défi dépasse désormais la seule quantité. La Tunisie doit transformer son avantage agricole en avantage commercial. Produire davantage est une première étape. Exporter davantage en est une deuxième. Mais capter une plus grande part de la valeur finale grâce au conditionnement, aux marques tunisiennes, à la diversification des marchés et au positionnement sur des segments à forte valeur ajoutée constitue probablement la prochaine bataille.