La pollution plastique n’est plus seulement une question de plages sales ou de déchets mal collectés. Elle représente aussi une facture économique potentiellement considérable. En Tunisie, le coût annuel de cette pollution est estimé entre 170 et 560 millions de dollars, soit environ 502,5 millions à 1,65 milliard de dinars, selon un nouveau rapport de Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). Et si la trajectoire actuelle se poursuit, le coût cumulé de l’inaction pourrait atteindre 3 à 10 milliards de dollars d’ici 2040, soit jusqu’à 29,5 milliards de dinars.
Une facture qui dépasse les déchets
Le chiffre mérite d’être regardé au-delà de son impact environnemental. L’estimation de Greenpeace met en avant les coûts supportés par les écosystèmes marins et les activités économiques exposées à la pollution plastique. Autrement dit, le problème ne se limite pas au financement de la collecte ou du traitement des déchets : il touche aussi le littoral, la pêche, le tourisme et, plus largement, les territoires qui doivent absorber les conséquences d’une mauvaise gestion des plastiques.
La situation tunisienne reste particulièrement préoccupante. Le pays produit environ 188.000 tonnes de déchets plastiques par an, dans un volume total de déchets supérieur à 2 millions de tonnes selon les données citées par Greenpeace. Le rapport souligne également l’importance de la consommation de plastique à usage unique et les limites persistantes du système de gestion des déchets.
Sur les plages étudiées, le constat est tout aussi parlant : les déchets plastiques représentent une très large majorité des déchets collectés. Une étude scientifique consacrée aux plages méditerranéennes d’Égypte, de Tunisie et du Maroc avait déjà identifié les polymères artificiels comme la principale catégorie de déchets observés, représentant 80,5% des éléments collectés dans l’ensemble des campagnes étudiées.
Le littoral paie une partie de la facture
Pour la Tunisie, cette question est loin d’être secondaire. Le littoral concentre une part importante de l’activité touristique et économique du pays. Une pollution persistante peut donc transformer un problème de gestion des déchets en problème de compétitivité territoriale.
Le rapport de Greenpeace estime notamment que les déchets issus du système tunisien constituent la principale source des déchets dont l’origine a pu être identifiée lors des relevés effectués sur plusieurs plages. Ce constat déplace une partie du débat : la solution ne peut pas reposer uniquement sur le nettoyage des côtes après coup. Elle suppose de réduire les déchets à la source et d’améliorer leur collecte, leur tri et leur valorisation.
Agir avant que la facture ne grossisse
Le rapport intervient alors que les délégations gouvernementales doivent se réunir à Bangkok du 27 au 30 septembre autour du futur traité mondial sur les plastiques, avant une nouvelle étape formelle des négociations prévue en 2027. La Tunisie est directement concernée par ces discussions.
Sur le plan national, Greenpeace recommande notamment de renforcer la responsabilité des producteurs, d’étendre cette responsabilité aux équipements de pêche et de mieux appliquer les restrictions déjà existantes sur les sacs plastiques à usage unique.
Le paradoxe est désormais difficile à ignorer : réduire le plastique représente un coût, mais ne pas agir pourrait en représenter un bien plus élevé. Pour la Tunisie, la question environnementale devient ainsi une question économique très concrète : combien coûtera encore l’inaction, et combien faudra-t-il investir aujourd’hui pour éviter que la facture n’atteigne plusieurs dizaines de milliards de dinars ?
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