L’or n’a jamais coûté aussi cher. En Tunisie, cette flambée historique des prix du métal jaune bouleverse un rituel social profondément ancré : le mariage. Indispensable pour de nombreuses familles, notamment lors des cérémonies traditionnelles, l’or devient aujourd’hui un luxe de plus en plus difficile à assumer pour les futurs époux.
Selon l’économiste Maâz Essoussi, le marché mondial de l’or connaît une envolée sans précédent. Le prix du gramme est passé, en l’espace d’un an, de 88,65 dollars en janvier 2025 à 161 dollars actuellement, soit une hausse qualifiée de « folle ». Sur les cinq dernières années, l’augmentation atteint 171,4%. Mercredi, l’once d’or a franchi un nouveau record à 5242 dollars, confirmant une tendance haussière durable.
Cette situation n’est pas sans conséquences directes sur les ménages tunisiens. Pour de nombreux futurs mariés, l’achat de bijoux en or représente déjà l’un des postes les plus lourds du budget matrimonial, dans un contexte marqué par l’inflation, la stagnation des revenus et la hausse généralisée du coût de la vie. Désormais, certains couples se retrouvent contraints de réduire la quantité d’or offerte, de reporter la date du mariage ou, dans certains cas, d’y renoncer temporairement.
La flambée des prix ravive le débat
Dans les familles où l’or reste un symbole incontournable de statut social et de sécurité pour l’épouse, les tensions se multiplient. La flambée des prix ravive le débat entre attachement aux traditions et réalités économiques. De plus en plus de voix appellent à repenser les usages, en privilégiant des bijoux plus légers, l’or d’occasion ou des alternatives symboliques moins coûteuses.
Pour Maâz Essoussi, cette hausse s’explique par un climat mondial marqué par l’incertitude économique et géopolitique, poussant particuliers, institutions et banques centrales à se tourner massivement vers l’or comme valeur refuge. Une situation accentuée par la concentration de l’essentiel du stock mondial, estimé à 216 000 tonnes, entre les mains de particuliers, ce qui réduit l’offre disponible sur le marché.
Face à une tendance qui ne montre aucun signe de recul, une question s’impose : les futurs mariés tunisiens pourront-ils encore se conformer aux exigences traditionnelles du mariage ? À défaut d’un changement des mentalités, le mariage risque, pour une partie de la jeunesse, de devenir un projet de plus en plus inaccessible, réservé à ceux qui peuvent se permettre… de payer l’amour au prix de l’or.
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