Une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), publiée en septembre 2026, met en évidence les difficultés d’accès des femmes et des jeunes aux services financiers dans sept gouvernorats du Centre et du Sud tunisien. Si 41% des personnes interrogées dans chacune de ces deux catégories possèdent un compte auprès d’un établissement financier formel, l’usage des services bancaires et numériques reste limité par la faiblesse des revenus, le manque de confiance et le poids des paiements en espèces.
L’enquête a été menée auprès de 1457 femmes et 1179 jeunes, soit 2636 personnes au total, dans les gouvernorats de Kairouan, Gafsa, Tozeur, Kébili, Tataouine, Médenine et Gabès. Elle a été réalisée dans le cadre du projet « Économie verte : autonomisation économique des femmes en Tunisie », financé par le Canada et conduit avec le ministère de l’Économie et de la Planification et l’Observatoire de l’inclusion financière.
Les femmes confrontées à une faible autonomie financière
Chez les femmes interrogées, 18% disposent d’un compte bancaire et 27% d’un compte postal. La part de celles possédant un compte auprès d’un établissement de paiement reste marginale, à 0,3%. Au total, 41% disposent d’un compte auprès d’une institution financière formelle.
Le manque de ressources constitue l’un des principaux obstacles à leur inclusion financière. Dans l’échantillon, 45% des femmes sont sans emploi et 35% ne disposent pas de revenus propres. La dépendance financière, les craintes liées à l’endettement, les frais jugés peu transparents et la complexité des procédures contribuent également à limiter leur recours aux services financiers.
Le poids des paiements en espèces reste particulièrement marqué : 98% des femmes interrogées privilégient ce mode de règlement et 55% des femmes actives perçoivent leur salaire en liquide. Près de 45% estiment par ailleurs que les services d’assurance sont complexes.
L’étude relève néanmoins un intérêt pour des solutions d’épargne adaptées aux petits revenus et à des objectifs précis, ainsi que pour les formations à l’entrepreneuriat et les dispositifs favorisant l’autonomie économique.
Les jeunes éloignés du crédit et des services numériques
Chez les 18-30 ans, 41% possèdent un compte auprès d’un établissement financier formel, dont 27% disposent d’un compte postal. L’ouverture d’un compte répond parfois à une obligation administrative, notamment pour percevoir une bourse universitaire, plutôt qu’à une démarche financière volontaire.
Les difficultés économiques pèsent également sur leur accès aux services financiers. L’étude indique que 23% des jeunes interrogés sont sans emploi et que 90% des jeunes actifs perçoivent un revenu mensuel inférieur à 1500 dinars. Ces conditions réduisent leurs capacités d’épargne et compliquent leur accès au crédit et à l’assurance.
La méfiance envers les services financiers numériques concerne 46% des jeunes interrogés, notamment en raison des risques d’erreurs, de fraude et de protection des données personnelles. Plus révélateur encore, 92% n’ont jamais bénéficié d’un crédit auprès d’un établissement financier officiel.
Les jeunes manifestent toutefois un intérêt pour des solutions d’épargne destinées à couvrir les dépenses imprévues, financer de petits projets ou suivre des formations.
Des disparités territoriales et des services coûteux
L’accès géographique aux établissements financiers reste inégal. Selon l’étude, 86% des adultes peuvent rejoindre un établissement financier officiel en moins de 30 minutes. Cette proportion atteint 81% dans les régions du Sud, contre 90% dans le Centre.
Les agences bancaires demeurent principalement concentrées dans les zones urbaines, tandis que le réseau de la Poste tunisienne assure une couverture plus équilibrée entre les espaces urbains et ruraux.
Le coût du financement constitue un autre frein. L’étude relève un taux effectif global moyen de 31% auprès des institutions de microfinance, contre 9,5% auprès des banques, sur la base des données de 2022. Un écart qui pèse particulièrement sur les catégories disposant de revenus modestes.
Le PNUD préconise une éducation financière de proximité
Pour améliorer l’inclusion financière, l’étude recommande de renforcer la sensibilisation des femmes et des jeunes, de simplifier les informations relatives aux produits financiers et de rendre leurs conditions et leurs coûts plus transparents.
Elle préconise également des ateliers de proximité et un accompagnement des personnes souhaitant ouvrir un compte ou accéder à des services financiers. Les réseaux sociaux, les vidéos courtes et les témoignages de jeunes sont proposés comme outils de sensibilisation, en complément du rôle des radios, des télévisions et des médias locaux.
L’étude insiste enfin sur l’amélioration de l’accueil des clients et du traitement des réclamations afin de restaurer la confiance envers les institutions financières.
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