La Tunisie sera au rendez-vous, jeudi 1er octobre à Alger, pour la deuxième réunion ministérielle consacrée au SoutH2 Corridor, le projet destiné à acheminer de l’hydrogène renouvelable produit en Afrique du Nord vers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. La rencontre réunira les cinq pays partenaires : l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche.
Cette réunion intervient après la première rencontre ministérielle tenue à Rome le 21 janvier 2025, au cours de laquelle les cinq pays avaient signé une déclaration commune d’intentions politiques. Le nouveau rendez-vous d’Alger doit permettre d’avancer sur les prochaines étapes techniques et financières du projet, avec l’objectif de transformer les engagements politiques en éléments plus concrets de mise en œuvre.
Le SoutH2 Corridor est présenté comme une infrastructure d’environ 3 300 kilomètres reliant l’Afrique du Nord aux principaux pôles industriels d’Europe centrale. Le projet vise une capacité pouvant atteindre environ 4 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an. Plus de 65 % de l’infrastructure envisagée pourrait reposer sur des gazoducs existants adaptés au transport d’hydrogène, ce qui constitue l’un des principaux leviers techniques du projet.
La Tunisie au cœur du maillon nord-africain
Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse donc la simple participation à une réunion ministérielle. Le pays constitue un maillon du dispositif nord-africain appelé à relier les zones de production à l’Italie. Le projet North Africa Hydrogen Backbone, développé par SeaCorridor, prévoit notamment une liaison sous-marine entre le Cap Bon et Mazara del Vallo, en Sicile, ainsi que des infrastructures terrestres destinées à connecter des zones de production tunisiennes et algériennes au réseau.
La dimension tunisienne du corridor est d’autant plus importante que la Commission européenne a confirmé le statut de Projet d’intérêt mutuel pour la liaison entre le Cap Bon et l’Italie, tandis que les différents segments européens du SoutH2 Corridor bénéficient du statut de Projets d’intérêt commun. La Commission européenne estime que le corridor doit contribuer à développer la production d’hydrogène renouvelable en Afrique du Nord et à créer les infrastructures nécessaires à son acheminement vers les marchés européens.
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Le pays dispose par ailleurs de projets susceptibles d’alimenter à terme cette infrastructure. En juillet dernier, l’agence italienne ANSA indiquait notamment que la Tunisie travaillait sur plusieurs initiatives dans l’hydrogène vert, dont un projet porté par Acwa Power visant, à terme, une capacité annoncée d’environ 600.000 tonnes d’hydrogène vert par an destinée à l’exportation vers l’Europe.
Des annonces concrètes attendues sur les infrastructures et le financement
Le principal enjeu de la réunion d’Alger sera désormais de savoir jusqu’où les cinq partenaires vont aller dans la définition des prochaines étapes. Les précédents engagements ont établi le cadre politique du corridor, mais plusieurs paramètres déterminants pour la Tunisie restent à préciser : le tracé exact des infrastructures nationales, les ouvrages à construire ou à convertir, les capacités réservées au transit de l’hydrogène, les modalités de financement et le calendrier de réalisation.
Cette question est particulièrement importante alors que le projet européen est déjà entré dans une phase de préparation technique. Le consortium SoutH2 indique que le corridor pourrait être opérationnel au début des années 2030 et que son potentiel d’importation depuis l’Afrique du Nord pourrait atteindre 4 millions de tonnes par an. L’Italie a par ailleurs obtenu en 2025 un cofinancement européen de 24 millions d’euros pour des études de faisabilité et des activités préparatoires liées à son backbone hydrogène.
Côté algérien, la réunion d’Alger intervient après plusieurs démarches visant à accélérer le projet. En août, le ministre algérien de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, avait proposé d’organiser une rencontre des cinq pays afin de prendre des décisions permettant de concrétiser le corridor sur le terrain. Une mission d’entreprises allemandes consacrée à l’hydrogène vert, au stockage et au Power-to-X s’est également rendue en Algérie et en Tunisie du 21 au 25 septembre pour explorer des opportunités de projets et de partenariats.
Pour la Tunisie, les résultats les plus significatifs à surveiller jeudi seront donc moins les déclarations générales sur l’importance de l’hydrogène vert que les éventuels chiffres et engagements nouveaux concernant le segment tunisien : infrastructures, capacité de transit, financement, investissements et calendrier. À ce stade, les sources disponibles confirment la réunion et son orientation vers les prochaines étapes techniques et financières, mais ne permettent pas encore d’affirmer qu’un accord précis sur ces paramètres a été conclu.
