La Kasbah a placé l’agriculture au rang de priorité stratégique nationale. Réuni mercredi sous la présidence de la cheffe du gouvernement Sarra Zaafrani Zenzri, un conseil ministériel restreint a arrêté les grandes orientations de l’État pour accélérer la modernisation des filières agricoles à l’horizon 2030, avec un cap clair : sécurité alimentaire, souveraineté hydrique et soutien aux producteurs.
Le gouvernement veut bâtir une stratégie 2026-2030 centrée sur les filières les plus sensibles : céréales, huile d’olive, fourrages, élevage et lait, dans un contexte marqué par la pression climatique, la volatilité des marchés mondiaux et la nécessité de réduire la dépendance extérieure.
Les céréales et l’autosuffisance en première ligne
Le dossier des céréales a occupé une place centrale durant ce conseil.
L’exécutif entend engager une réforme structurelle de la filière des grandes cultures, avec plusieurs leviers : amélioration génétique, meilleure disponibilité des semences et des engrais, extension des céréales irriguées, renforcement des centres de collecte et modernisation du stockage.
L’objectif affiché est de relever le taux de couverture des besoins nationaux, notamment pour le blé dur, tout en améliorant les revenus des agriculteurs grâce à une politique de prix plus incitative.
La numérisation de la filière, l’agriculture intelligente et l’appui à la recherche scientifique figurent également parmi les axes prioritaires.
Huile d’olive : plus de valeur et de nouveaux marchés
L’autre grand chantier concerne la filière oléicole, au moment où la Tunisie signe l’une de ses meilleures campagnes.
La stratégie présentée prévoit le rajeunissement des oliveraies dans le Sahel, le Centre et le Sud, le renforcement des capacités de stockage, des crédits de campagne et d’investissement pour les petits producteurs, l’appui à l’Office National de l’Huile, et surtout la montée en puissance de l’huile conditionnée à forte valeur ajoutée.
L’État veut clairement pousser le produit tunisien vers de nouveaux marchés premium, afin de mieux capter la valeur et réduire la dépendance au vrac.
Élevage, lait et fourrages : priorité à la reconstitution du cheptel
La reconstitution du cheptel bovin et ovin a été présentée comme une urgence stratégique.
Face aux difficultés de la filière laitière et à la hausse des coûts d’alimentation animale, le plan 2026-2030 mise sur des fourrages plus résistants à la sécheresse, l’usage d’eaux non conventionnelles, une meilleure gouvernance du marché, la lutte contre la spéculation, la traçabilité numérique,, et l’amélioration de la couverture sanitaire.
L’objectif final reste l’autosuffisance alimentaire, avec une attention particulière portée aux petits éleveurs et aux zones rurales.
La sécurité nationale par l’agriculture
Le message politique est fort : pour Tunis, l’agriculture n’est plus seulement un secteur économique, mais un outil de souveraineté nationale.
Avec près de 10% du PIB, 13% des exportations et 14% de l’emploi, le secteur devient l’un des piliers de la stratégie économique du pays, au croisement de l’eau, de l’emploi rural et de la sécurité alimentaire.