Depuis fin décembre 2025, l’Iran traverse l’un des épisodes de contestation les plus intenses depuis la révolution islamique de 1979. Ce qui avait commencé comme une protestation économique autour de l’effondrement du rial et de la flambée des prix s’est rapidement métamorphosé en défi politique direct au pouvoir religieux. Le pays semble désormais entrer dans une phase où le cœur du système – le principe même de la tutelle des clercs – est ouvertement contesté.
Des revendications économiques qui virent à la remise en cause du système
L’étincelle vient de la rue : effondrement du pouvoir d’achat, salaires qui ne suivent plus et pénuries de carburant et de denrées de base. Selon l’agence AP, la monnaie iranienne a atteint 1,4 million de rials pour un dollar au cours de la première semaine de janvier 2026 — un record historique qui a précipité des rassemblements spontanés dans tout le pays.
Mais en moins d’une semaine, les slogans ont changé de nature. Plusieurs vidéos analysées par Reuters montrent des foules scander : « Mort au dictateur ! », un slogan habituellement réservé aux poussées de colère les plus graves.
Les manifestations se multiplient : plus de 280 points de rassemblement dans 27 provinces, selon l’Associated Press.
Des ONG locales parlent d’au moins 45 morts et plus de 2000 arrestations, dans un pays où les chiffres officiels restent invisibles.
Selon Iran Human Rights, « La profondeur géographique de ce mouvement montre que ce n’est plus une crise sociale, mais politique. »
Un pouvoir qui répond par l’étouffement de l’information
Face à la contestation, les autorités semblent recourir à leurs instruments les plus radicaux : la coupure du pays.
Le groupe de surveillance NetBlocks a confirmé le blackout quasi total d’Internet dans plusieurs provinces, y compris Téhéran, dès le 8 janvier.
Les réseaux mobiles ont été ralentis ou désactivés, les transactions numériques perturbées, et certains observateurs évoquent des coupures ciblées des transports publics.
Les médias d’État, eux, ont adopté la ligne officielle : les troubles seraient attribués à des « agents terroristes liés aux États-Unis et à Israël », selon une dépêche relayée sur IRIB.
Aucune mention des revendications socio-économiques à l’origine des rassemblements.
Pour l’analyste Jason Brodsky, spécialiste de l’Iran à l’US Middle East Institute, cité par Reuters :
« Le régime a perdu la capacité de convaincre ; il ne lui reste que la coercition. »
La pression de l’extérieur, mais pas de sauveur désigné
Sur le plan international, la dynamique est plus complexe.
Donald Trump a affirmé qu’il ne rencontrerait pas Reza Pahlavi, le fils de l’ancien shah, exilé aux États-Unis, malgré des sollicitations médiatiques.
L’ancien président a déclaré qu’une réunion « ne serait pas appropriée », selon Al Jazeera, tout en avertissant qu’il « répondrait fortement à tout massacre de civils ».
Cette position reflète un calcul diplomatique déjà observé lors des soulèvements précédents :
— ne pas offrir au régime islamique l’argument de l’ingérence étrangère,
— tout en laissant planer la menace d’un renforcement des sanctions.
Reuters résume la situation avec force :
« Le régime iranien se retrouve pris en étau entre une pression internationale croissante et une rue qui refuse de reculer. »
Au-delà du quotidien des manifestations, un constat s’impose :
l’Iran ne traverse pas seulement une crise conjoncturelle mais un moment charnière où la population interroge le fondement même du modèle islamique instauré en 1979.
Slogans, cartes des mobilisations, composition sociale des manifestants, brutalité de la réaction sécuritaire :
tous les indicateurs signalent une rupture du lien politique entre gouvernés et gouvernants.
Les prochaines semaines diront si cette fracture se résorbe — ou si l’Iran entre dans une période de transition profonde, dont les contours restent, pour l’instant, impossibles à dessiner.
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