États-Unis, BRICS et droit international : trois fronts s’ouvrent, révélant un ordre mondial en pleine fracture.
Trump, de Caracas au Groenland
En quelques jours, Washington a envoyé une série de signaux qui ont secoué les capitales de la planète. Après l’attaque contre Caracas et l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien Nicolás Maduro, l’administration américaine a saisi plusieurs pétroliers liés au Venezuela, dont un navire russe intercepté en haute mer, provoquant la colère du Kremlin.
Vendredi, depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a ouvert un nouveau front, cette fois dans l’Arctique. « Nous ne voulons pas que la Russie ou la Chine aillent au Groenland. Si nous ne prenons pas le Groenland, alors vous aurez la Russie ou la Chine comme voisin. C’est hors de question », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec des dirigeants du secteur pétrolier.
Il a ensuite laissé planer une menace qui fait trembler les chancelleries : « On peut faire un accord, la manière facile. Mais si ce n’est pas facile, ce sera difficile. »
Pour de nombreux responsables européens, l’idée qu’un président américain évoque ouvertement la possibilité de prendre un territoire appartenant à un allié de l’OTAN marque un tournant. Washington semble ne plus se considérer pleinement lié par les contraintes classiques du droit international.
Manœuvres navales en Afrique du Sud
Pendant que Trump projette sa puissance dans le Nord et les Caraïbes, trois marines adversaires des États-Unis ont fait irruption dans les eaux sud-africaines. Des navires chinois, russes et iraniens ont accosté au port stratégique de Simon’s Town, au sud du Cap, pour une semaine d’exercices conjoints.
Officiellement, il s’agit de protéger les voies maritimes et de renforcer la coopération navale. Mais le calendrier raconte autre chose : ces manœuvres surviennent après l’enlèvement de Nicolás Maduro, la saisie de pétroliers liés au Venezuela et la menace américaine sur le Groenland. Pékin, Moscou et Téhéran s’affichent ensemble loin de leurs zones habituelles d’opération.
Le choix de l’Afrique du Sud n’est pas fortuit. Membre fondateur du BRICS, Pretoria revendique une posture non alignée et accueille des forces adversaires des États-Unis sans s’y opposer. Le pays occupe aussi un emplacement stratégique, à la jonction de l’Atlantique Sud et de l’océan Indien, un carrefour maritime global. Pour le BRICS, c’est la preuve qu’il peut désormais projeter une puissance militaire au Sud.
Même l’opposition sud-africaine y voit un signal politique et dénonce un rapprochement militaire avec des États sanctionnés. Loin d’un simple exercice technique, l’événement annonce une montée en gamme du BRICS, qui ne se limite plus à la coopération économique.
Une nouvelle guerre froide multipolaire en gestation
En quelques dizaines d’heures, trois lignes de force se sont superposées. D’un côté, les États-Unis agissent en puissance unilatérale : saisies de navires, intervention directe à Caracas, menaces d’acquisition territoriale. De l’autre, un noyau dur du BRICS, emmené par la Chine, la Russie et l’Iran, répond en démontrant sa capacité à opérer conjointement sur les mers du Sud.
Entre les deux blocs, des pays du Sud global comme l’Afrique du Sud choisissent d’accueillir ces démonstrations sans reprendre le récit américain. Pretoria insiste sur son autonomie et rappelle que les adversaires de Washington ne sont pas nécessairement les siens.
Ce qui se dessine n’est pas encore une nouvelle guerre froide classique, mais déjà une compétition ouverte entre blocs d’influence. Et, fait nouveau, elle ne se limite plus au duel historique Washington-Moscou : elle oppose désormais les États-Unis à un monde multipolaire en construction, de Pretoria à Pékin, où les océans deviennent le terrain central des rivalités globales.
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