La lutte contre le trafic de stupéfiants et les réseaux criminels transnationaux s’impose comme un nouvel axe de la coopération sécuritaire entre la Tunisie et les États-Unis. Une délégation tunisienne composée de responsables issus de plusieurs ministères participe actuellement à un programme d’échange aux États-Unis dans le cadre du prestigieux International Visitor Leadership Program (IVLP).
Avant son départ, la délégation a été reçue par l’ambassadeur américain en Tunisie, Bill Bazzi. Le programme prévoit des étapes à Washington, Helena, Detroit et Boston, avec des rencontres avec des responsables américains afin d’échanger sur les méthodes de lutte contre le trafic de drogue, les organisations criminelles transnationales ainsi que les mécanismes de prévention, de poursuite et de réhabilitation.
À Detroit, le programme est consacré notamment à la coordination entre les différents niveaux des forces de l’ordre, aux enquêtes conjointes contre les stupéfiants à la frontière entre les États-Unis et le Canada, ainsi qu’aux partenariats entre les autorités judiciaires, les services de prévention et les structures de prise en charge des personnes confrontées à la dépendance. Selon l’organisation américaine Global Ties Detroit, la délégation compte 14 responsables tunisiens issus notamment des secteurs de la sécurité, de l’éducation et de la santé.
Pourquoi cette coopération prend de l’importance
Cette initiative intervient alors que les autorités tunisiennes font face à une multiplication des affaires liées aux réseaux internationaux de stupéfiants. La Tunisie n’est pas uniquement confrontée à la consommation et au trafic à l’intérieur de son territoire : plusieurs affaires récentes ont mis en évidence l’implication de réseaux opérant à partir de l’étranger et utilisant différents itinéraires maritimes et terrestres.
En avril 2025, la Garde nationale avait annoncé le démantèlement d’un réseau international et la saisie de 1,2 million de comprimés d’ecstasy, présentée comme la plus importante saisie de stupéfiants jamais réalisée en Tunisie. L’enquête avait également porté sur le financement et le blanchiment d’argent liés au réseau.
D’autres opérations ont confirmé le caractère transnational du phénomène. En décembre 2025, la Garde nationale avait annoncé le démantèlement d’un réseau spécialisé dans l’importation et la distribution de cannabis, avec la saisie de plus de 420 kilogrammes. Selon les autorités, l’organisation était dirigée par des individus établis dans un pays européen.
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Les données disponibles auprès des services tunisiens montrent également l’importance des frontières et des ports dans la lutte contre ces réseaux. En 2025, les services douaniers ont notamment procédé à d’importantes saisies de cannabis, de cocaïne et de comprimés de stupéfiants au port de La Goulette et à plusieurs points de passage frontaliers.
Cette dimension internationale explique l’intérêt d’une coopération fondée non seulement sur la formation, mais aussi sur l’échange d’informations, les techniques d’enquête et la coordination entre différents services. Le principe est particulièrement important face à des organisations criminelles qui peuvent répartir leurs activités entre plusieurs pays : approvisionnement, transport, financement, distribution et blanchiment des revenus.
La coopération tuniso-américaine dans ce domaine ne se limite d’ailleurs pas à cette nouvelle visite. En août 2026, une délégation de la Direction générale de la formation de la police tunisienne avait effectué une mission dans le Michigan afin d’échanger avec les forces de l’ordre locales et la Michigan State University sur les méthodes de formation policière et les meilleures pratiques américaines. La lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée transfrontalière figurait parmi les domaines concernés.
Un contexte plus large de rapprochement
Cette dynamique s’inscrit également dans un contexte plus large de rapprochement dans les domaines juridique et judiciaire. Lors d’une rencontre avec l’ambassadeur américain le 28 septembre dernier, la ministre tunisienne de la Justice avait notamment évoqué les programmes de coopération visant à moderniser les systèmes judiciaire, pénitentiaire et de réhabilitation.
L’intérêt du programme IVLP est donc de réunir plusieurs dimensions de la réponse au phénomène : renseignement et enquête, coopération entre forces de sécurité, action judiciaire, prévention et prise en charge. Pour la Tunisie comme pour les États-Unis, l’enjeu dépasse ainsi la seule interception des cargaisons de drogue : il consiste à identifier et désorganiser les réseaux qui se trouvent derrière ces trafics et à renforcer la capacité des institutions à agir lorsque leurs activités dépassent les frontières nationales.
Dans ce cadre, la visite aux États-Unis constitue moins une simple mission de formation qu’un échange d’expériences sur un problème par définition international. Washington et Tunis cherchent ainsi à renforcer leurs capacités respectives face à des réseaux criminels dont les modes opératoires reposent précisément sur la circulation des personnes, des marchandises, de l’argent et de l’information entre plusieurs territoires.