À peine paraphé à Tunis, l’accord entre représentants de l’Est et de l’Ouest libyens connaît son premier test politique. Alors que Washington y voit une avancée vers des élections nationales, le président du Conseil présidentiel, Mohamed al-Menfi, émet déjà des réserves sur la méthode et la légitimité de certains arrangements.
Cette double réaction illustre la fragilité du compromis obtenu jeudi 20 août dans la capitale tunisienne.
Washington salue une « avancée importante »
Massad Boulos, conseiller principal du président américain pour les affaires arabes et africaines, a salué les progrès réalisés à Tunis concernant les lois électorales et la Haute Commission nationale électorale (HNEC).
Dans une déclaration relayée par Libya Herald, il les présente comme une étape importante vers un processus crédible susceptible de conduire à des élections nationales réussies.
Washington réaffirme également son soutien à l’émergence d’un exécutif unifié. Mais cet objectif appartient à la feuille de route politique plus large soutenue par les Nations unies et ne figure pas dans le texte paraphé à Tunis.
Celui-ci porte sur deux dossiers précis : la formation du conseil de la HNEC et l’amendement du cadre juridique régissant les élections présidentielle et législatives.
Selon la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL), les participants doivent poursuivre leurs consultations en Libye afin de définir les modalités d’application de l’accord.
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Al-Menfi critique déjà la méthode
À Tripoli, Mohamed al-Menfi s’est montré beaucoup plus réservé.
Dans des déclarations reprises par Anadolu, le président du Conseil présidentiel critique le manque de transparence entourant certains arrangements et insiste sur la nécessité de respecter les références constitutionnelles et les compétences des institutions libyennes.
Il met notamment en garde contre des décisions concernant les institutions souveraines, dont la HNEC, qui pourraient reposer sur des compétences juridiquement contestables.
Al-Menfi estime que la Libye n’a pas besoin d’arrangements susceptibles de reproduire les divisions existantes ou de devenir un nouveau partage des postes et de l’influence.
Il ne rejette toutefois pas explicitement l’ensemble du processus. Ses réserves portent surtout sur la méthode, sa base juridique et les conditions de mise en œuvre du compromis.
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Tunis, point de départ et non point d’arrivée
L’accord de Tunis ne constitue donc pas un règlement de la crise libyenne. Il tente d’abord de lever deux obstacles au processus électoral, bloqué depuis l’échec du scrutin prévu en décembre 2021.
Le contraste entre Washington et Al-Menfi donne surtout un aperçu des difficultés à venir.
Pour les États-Unis, Tunis ouvre une nouvelle voie vers les élections. En Libye, le compromis devra encore convaincre les institutions et les acteurs qui n’ont pas directement participé à sa rédaction.
La Tunisie aura ainsi accueilli une étape diplomatique significative. Mais le véritable test commence désormais en Libye : transformer un compromis sur les règles du jeu électoral en mécanisme suffisamment légitime pour être réellement appliqué.
