La 83ᵉ cérémonie des Golden Globes a consacré Wagner Moura en lui attribuant le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique pour son rôle dans L’agent secret. Au cours de cette même soirée, le film a également remporté le Golden Globe du meilleur film en langue non anglaise, confirmant sa place centrale dans le palmarès de cette édition.
La victoire de Wagner Moura s’inscrit dans un cadre historique précis : il devient le deuxième acteur brésilien à être récompensé par un Golden Globe d’interprétation, après Fernanda Torres. L’année précédente, celle-ci avait remporté le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique pour Je suis toujours là (I’m Still Here), devenant la première artiste brésilienne distinguée dans une catégorie d’interprétation.
L’agent secret, réalisé par Kleber Mendonça Filho, se situe dans le Brésil du début des années 1970, sous la dictature militaire. Le film suit un homme chargé de missions clandestines pour le compte de l’État, dont le quotidien se confond progressivement avec les mécanismes de surveillance, de peur et de compromission propres au régime. À mesure que l’intrigue avance, le personnage se retrouve confronté à un appareil répressif omniprésent, qui ne se limite pas aux institutions mais infiltre les relations sociales, professionnelles et familiales. La mise en scène privilégie une tension continue, fondée sur l’attente et le soupçon, et accompagne le récit sans jamais se relâcher.
L’interprétation de Wagner Moura structure L’agent secret et en constitue l’un des piliers essentiels. Construite sur la retenue et l’intériorité, sa performance accompagne le récit dans toute sa progression et lui donne sa densité dramatique. C’est précisément ce rôle qui avait déjà été distingué en mai 2025, lors du Festival de Cannes, où l’acteur avait reçu le Prix d’interprétation masculine.
Présenté en compétition officielle, L’agent secret avait par ailleurs été largement récompensé sur la Croisette, obtenant également le Prix de la mise en scène pour Kleber Mendonça Filho, le Prix FIPRESCI, ainsi que le Prix de l’AFCAE, décerné par l’Association française des cinémas d’art et d’essai.
La distinction de Wagner Moura à Cannes, suivie de son Golden Globe en janvier 2026, s’accompagne désormais d’un prix attribué directement au film, celui du meilleur film en langue non anglaise. L’agent secret se trouve ainsi reconnu à la fois pour son interprétation principale et pour sa valeur cinématographique globale, dans deux contextes institutionnels différents.
Cette reconnaissance intervient dans un contexte particulier pour les Golden Globes. Longtemps considérée comme la cérémonie la plus prestigieuse de Hollywood après les Oscars, l’institution avait traversé une période de forte remise en question il y a trois ans, à la suite de critiques portant sur son fonctionnement et la composition de son corps électoral. Les Golden Globes étaient alors régulièrement accusés de produire des palmarès complaisants, privilégiant les stars au détriment d’œuvres plus exigeantes.
Pour répondre à cette crise, une réforme profonde a été engagée. Le corps électoral est passé de 99 critiques étrangers basés en Californie à 399 journalistes, dont moi-même, spécialisés en cinéma et en télévision, répartis dans le monde entier. Cette transformation, clairement mesurable, a modifié la composition des votes et élargi les regards portés sur les films en compétition. Le palmarès est depuis à nouveau observé comme un indicateur sérieux des tendances susceptibles de se confirmer aux Oscars.
Dans ce contexte, la reconnaissance successive de Fernanda Torres en 2025, puis de Wagner Moura et de L’agent secret en 2026, apparaît comme l’un des effets concrets de cette évolution. Elle reflète la capacité du nouveau corps électoral à distinguer des œuvres non anglophones et des performances issues de cinématographies nationales fortes, sans que cela relève d’un cas isolé.
Le hasard du calendrier fait que ces distinctions interviennent au moment même où une initiative distincte de la cérémonie a été annoncée par les Golden Globes. En 2026, un événement spécifique consacré au talent brésilien doit ainsi se tenir au Brésil, en dehors du cadre habituel de la remise des prix. Présenté comme un hommage officiel, cet événement vise à mettre en lumière des artistes et des œuvres brésiliennes dans un cadre dédié. Indépendante du palmarès, cette annonce constitue néanmoins un élément de contexte supplémentaire dans une année où L’agent secret et Wagner Moura ont été distingués par la même institution.
Neïla Driss