Je ressens l’équinoxe en mon for intérieur ainsi que l’accomplissement de l’automne, la saison décisive de notre calendrier paysan. Les ciels d’automne sont à nuls autres pareils : on les dirait tatoués de blancheur et allégés par les nuages de pluie. La mer à l’automne joue à l’été indien car les jours lumineux se prolongent jusqu’à la fin novembre lorsque nous basculerons dans l’hiver.
Finalement, je me suis rendu à la paroisse catholique Saint-Cyprien. Simplement pour m’y promener, en quête de paix et de sérénité. Mes manuscrits attendront car j’escompte aussi un crochet par la plage qui en principe est désertée par la foule estivale. Cette paroisse est chargée d’histoire car l’édifice accueillait l’archevêque.
D’ailleurs, la station du train de banlieue a longtemps été nommée l’Archevêché, appellation qui a été troquée pour Sidi Dhrif, l’un des Bienveillants qui avec Sidi Bou Said, Sidi Salah et Sidi Abdelaziz, avait bâti nos sanctuaires à fleur d’écume, le long des falaises de terre rouge, jusqu’à l’appel du large, au niveau de Gammarth.
Se promener dans les vastes jardins de l’Archevêché au petit jour. Se souvenir du Petit Séminaire et marcher en silence par respect pour les moines qui vivent ici en retrait du tumulte de nos existences. Admirer le jeu de la pierre et de la foi visible dans chaque recoin.
Avoir une pensée pour le père Jawad qui, dans quelques heures, accueillera ses ouailles. Se recueillir à la mémoire du père Jean Fontaine qui a vécu ici ses dernières années. Se recueillir tout court car ce lieu jadis mystérieux, m’est devenu familier et se prête à la méditation, assis à l’ombre d’un arbre centenaire, plongé dans la réflexion et les architectures narratives.
Au bord de la mer, le ciel et l’eau se confondent à l’infini de mes yeux. La plage ressemble aux tableaux de Kaouther Bahri Darghouth, une artiste d’une finesse et d’une sensibilité rares. Ses œuvres allient une texture rêche et des plages chromatiques entre mer, sable et limbes. Je me retrouve à méditer face à un tableau que ma mémoire reconstitue y compris avec les personnages légers qui le traversent ou l’habitent.
Et ce matin, je retrouve l’air léger de la Marsa, la brise marine et bientôt le Saf Saf qu’a chanté l’inoubliable Oulaya. Et mon alphabet marsois continue à m’assaillir : Azur, Bessis, Corniche, Dokkana, El Abdellia, Falaise, Golfe, Hafsi, Issaouia, Joseph, Kamila, Louhichi, Mehiri, Nardus, Oueld El Bey, Plaza, Qobbet El Hawa, Raja Hayder, Salem, Tgm, Urbanité, Villas, Wassila, Xénophilie, Yoyo Taieb, Zéphyr.