Est-ce le nom Salerno que je lis ? Est-ce le crépi qui a recouvert des traces signifiantes ? J’ai vécu des années durant dans cet immeuble de la rue de l’Hiver auprès de mes amis. Jamais, je n’ai cherché ni vu cette empreinte.
Salerno. Un nom familier. Celui d’un architecte ou d’un entrepreneur. Ce que je sais, c’est que cet immeuble a appartenu aux Pecoraro, que les Ducoli y ont vécu et qu’un jour, Salah Matmati l’a racheté.
Notre demeure familiale était à quelques pas et dans cette rue, je pourrais réciter toute une vie : le hammam des Ferjani, Oueld Hnifa, les briks de Taieb, le mystérieux bourrelier, le pianiste italien dont tout le monde a oublié le nom, le kotteb de Am Chedli, l’épicerie de Bouzid, les illustrés de Salah Bouzaiane, la demeure des Guedanna, Carlotta l’infirmière, Ida la coiffeuse, le colonel de la rue des Silos, la boulangerie Bagbag, les chaussures de Sadok Ahmed.
Ponctuer. Car l’énumération est inépuisable. Placer un point contre le vertige spiral et revenir à cette trace imperceptible, effacée et recouverte mais toujours visible.
Salerno. Ou bien mes yeux me trahissent-ils ? Salerno. Affleurement de ma mémoire sicilienne. Salerno. Au fil des aiguilles délicatement martelées. Salerno que je parviens à peine à lire.