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Rapport de UE : Bilan inquiétant du quotidien des femmes tunisiennes

par webdo.tn
mercredi 13 août 2014 15:32
dans National
Rapport de UE : Bilan inquiétant du quotidien des femmes tunisiennes
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FEMME | L’Union européenne (UE) vient de publier un rapport sur « Le Profil Genre de la Tunisie » à l’occasion de la Journée nationale de la femme, ce mercredi 13 août, date anniversaire de la promulgation du Code du statut personnel (CSP).

Ce document réalise

un état des lieux complet de la situation socio-économique et politique des femmes,
un cadre législatif et juridique en rapport avec la question de l’égalité entre hommes et femmes.

« Les évolutions des droits de la femme […] ne se sont pas traduites par une intégration plus significative des femmes dans les activités économiques et politiques », indique le rapport  qui dresse un bilan plutôt inquiétant du quotidien des femmes tunisiennes.

Le document montre le fossé qui existe entre une législation globalement favorable aux droits des femmes, et qui est considérée comme la plus avancée du monde arabe, et une réalité  en décalage de ces droits.

Les femmes consacrent huit fois plus de temps que les hommes aux tâches ménagères

Au quotidien, la répartition inégalitaire des tâches a pour conséquence pour les femmes une charge de travail totale dépassant de près de 40% celle des hommes, les femmes passant huit fois plus de temps que les hommes à accomplir les charges domestiques.
« Ces différences en matière d’utilisation du temps peuvent expliquer les différences entre femmes et hommes en termes d’égalité des chances », note le rapport, puisque les femmes qui sont au chômage, moins disponibles en raison du travail quotidien à assurer à la maison, passent en moyenne 4 minutes par jour à chercher du travail, contre 38 minutes par jour pour les hommes.
 

Les femmes qui banalisent la violence envers les femmes. 

Pour 55% des femmes, la violence est « un fait ordinaire qui ne mérite pas qu’on en parle ». En Tunisie, la violence conjugale est considérée comme un crime puni par le Code pénal depuis 1993. « Cependant, indique le document de l’UE, la violence familiale est généralement perçue comme une affaire privée et la police refuse parfois d’intervenir, souvent parce qu’elle manque de formation ou de ressources pour mener des investigations ou pour protéger effectivement les femmes. »

Le rapport pointe également « la réticence des femmes à dénoncer ou même à admettre l’acte de violence », 55% des femmes déclarant que la violence est « un fait ordinaire qui ne mérite pas qu’on en parle ».

Ainsi, alors que près de la moitié des femmes tunisiennes déclarent avoir été victimes de violence au moins une fois dans leur vie, seuls 17% des cas sont dénoncés par les femmes.

Un marché de l’emploi « influencé par les stéréotypes »

Dans l’enseignement supérieur, avec 20 % de filles seulement dans les sciences techniques et 72,9 % dans les lettres ou les sciences sociales, « les filles sont largement orientées vers les filières qui généralement débouchent sur une longue période de chômage », lit-on dans le document de l’UE.

« Même si les filles ont des choix professionnels de plus en plus diversifiés et des possibilités d’accéder à des spécialités de leur choix (même celles qui sont réputées  »masculines »), le changement ne s’est pas répercuté sur le marché de l’emploi qui, en majorité, […] reste influencé par les stéréotypes professionnels masculins et féminins. »

« De leur coté, poursuit le rapport, les jeunes filles (et leurs parents) continuent de privilégier les filières de formation et les professions perçues comme appropriées à leur sexe (enseignement, santé, service social, etc.) où elle pensent trouver de meilleures opportunités d’emploi et surtout la possibilité de pouvoir articuler leur vie professionnelle et leur vie personnelle. »

Pour 80% des Tunisiens le travail n’est pas un droit pour la femme

« L’aggravation du chômage féminin est constante et rapide dans le temps », s’inquiète l’UE, qui rappelle que le chômage est plus élevé chez les femmes que chez les hommes (21,9 % contre 12,8%) et qu’il touche deux fois plus de diplômés du supérieur femmes (41,9%) que de diplômés hommes (21,7%).

D’autre part, le rapport indique que « seulement 20 % des Tunisiens pensent que le travail est un droit pour la femme ».

Autre inégalité constatée : « Alors que l’emploi masculin se déploie de manière très diversifiée entre plusieurs secteurs, les 2/3 des femmes employées se trouvent concentrés dans trois secteurs principaux à forte main d’oeuvre féminine : les services, l’industrie manufactuère et l’agriculture. »

Enfin, en ce qui concerne les poste de prise de décision dans le secteur privé, seulement 6,5 % de la totalité des chefs d’entreprises sont des femmes.

« La mobilisation des femmes pendant la révolution et après ne s’est pas traduite dans les faits »

« Il existe un décalage important entre la forte capacité d’engagement, de mobilisation et de participation [des femmes] et leur représentation effective dans les institutions politiques », constate le rapport, qui regrette que « la mobilisation des femmes pendant la révolution et après ne [se soit] pas traduite dans les faits. »

À l’ANC, les femmes représentent moins d’un tiers des élus (65 sur 217), et le gouvernement de Mehdi Jomaa comprend deux femmes ministres sur 22.

Quant à la fonction publique, elle ne compte à ses postes de décision qu’un taux de femmes de 0,76 %.

Mais cette situation n’est pas l’apanage des institutions de l’État. On la retrouve aussi au sein de l’UGTT, qui est pourtant un acteur primordial de la société civile tunisienne : aucune femme n’est présente dans le bureau exécutif de la centrale syndicale, et elles ne sont pas plus de 8 % au sein des instances décisionnelles des syndicats de base et des bureaux régionaux.

Un cadre juridique insuffisant, mais des « signes positifs » dans la nouvelle constitution

Le Code du statut personnel, promulgué en 1956, a garanti un grand nombre de droits aux femmes tunisiennes, qu’il s’agisse de l’interdiction de la polygamie et de la répudiation, du divorce ou du mariage basé sur le libre choix entre époux et le consentement. Même si « le cadre juridique favorable institué par Bourguiba est resté parfois méconnu au niveau des communautés de base, et aussi par des groupes de personnes plus instruites et des membres de la société civile », estime le rapport de l’UE.

Il existe pourtant encore des discriminations dans les textes de lois tunisiens : « la notion de chef de famille, dans le Code du statut personnel, revient toujours à l’homme, et les droits successoraux demeurent inégalitaires », rappelle le document.

Mais malgré ces obstacles et difficultés, la nouvelle constitution tunisienne représente un espoir, considère l’UE, et contient des « signes positifs ». En particulier les articles 21 et 46, qui consacrent l’égalité entre « citoyens » et « citoyennes », et stipulent que l’État s’engage à « protéger les droits acquis de la femme », à les « améliorer », à « garantir l’égalité des chances », à « réaliser la parité » dans les instances élues et à « éradiquer la violence contre la femme ».

Reste à traduire ces principes dans la législation, un « défi majeur », peut-on lire dans le rapport de l’UE.


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