La question de la sécurité alimentaire en Tunisie n’est plus un simple débat économique. Pour l’ONG Greenpeace Middle East and North Africa, elle est désormais liée directement à la souveraineté nationale et à la survie des ressources naturelles du pays.
Dans une déclaration relayée par l’agence tunisienne TAP, l’organisation estime que la Tunisie doit « repenser en profondeur son modèle agricole » face à l’aggravation du changement climatique, marquée par la baisse des précipitations et la hausse continue des températures.
Une agriculture qui consomme l’essentiel de l’eau
Selon Greenpeace, le secteur agricole absorbe plus de 75 % des ressources hydriques disponibles en Tunisie, un des taux les plus élevés de la région. Dans le même temps, la part annuelle d’eau renouvelable disponible par habitant ne dépasserait plus 470 mètres cubes, soit bien en dessous du seuil international de pénurie hydrique.
Pour Insaf Benzaki, « parler aujourd’hui de sécurité alimentaire en Tunisie revient à parler de souveraineté ». Elle considère que la stratégie nationale annoncée récemment par le ministère de l’Agriculture pour atteindre l’autosuffisance en blé dur traduit une prise de conscience officielle : « l’alimentation est devenue une composante de la sécurité nationale ».
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Le pari risqué de l’agriculture irriguée
Mais l’ONG soulève une interrogation centrale : comment développer davantage l’agriculture irriguée dans un pays confronté à une grave crise de l’eau ?
Greenpeace défend une transition vers les énergies renouvelables décentralisées, notamment l’énergie solaire, afin de réduire simultanément les coûts énergétiques et la pression sur les ressources hydriques. L’organisation estime que cette orientation pourrait stabiliser les prix alimentaires, soutenir le pouvoir d’achat et créer de nouveaux emplois « verts ».
Pour les petits agriculteurs, le solaire représenterait également une alternative face à la volatilité des prix des hydrocarbures et aux coupures d’électricité, particulièrement durant les périodes de sécheresse.
L’ONG met aussi en avant les systèmes d’irrigation intelligents alimentés par l’énergie photovoltaïque. Selon elle, l’utilisation du goutte-à-goutte couplé à des technologies numériques et des capteurs permettrait d’adapter l’irrigation aux besoins réels des cultures, réduisant considérablement le gaspillage de l’eau.
L’« agrivoltaïsme », nouvelle solution miracle ?
Greenpeace évoque également le concept d’« agrivoltaïsme », qui consiste à combiner production agricole et panneaux solaires sur une même surface. Les panneaux offriraient un ombrage partiel capable de limiter l’évaporation et de protéger certaines cultures contre les vagues de chaleur.
L’organisation met toutefois en garde contre les dérives possibles. Elle souligne que la baisse du coût du pompage grâce au solaire pourrait entraîner une surexploitation des nappes phréatiques dans les régions déjà fragiles.
Pour éviter ce scénario, Greenpeace appelle à mettre en place un cadre réglementaire strict : quotas de pompage, compteurs intelligents, autorisations d’exploitation et recours accru aux eaux traitées.