Les discussions indirectes entre Téhéran et Washington progressent, mais le principal point de blocage reste inchangé : le sort du stock iranien d’uranium enrichi. Derrière ce dossier nucléaire se dessine désormais une recomposition géopolitique plus large, où Pékin apparaît de plus en plus comme un centre diplomatique incontournable, tandis que les priorités militaires américaines se déplacent entre Moyen-Orient et Asie.
Pourquoi l’uranium enrichi bloque toujours les négociations ?
Selon Reuters, le guide suprême iranien aurait ordonné que l’uranium enrichi proche du seuil militaire ne quitte pas le territoire iranien. Cette position durcit la ligne iranienne face à l’une des principales exigences américaines : transférer hors d’Iran les stocks les plus sensibles.
Donald Trump a affirmé jeudi que Washington ne laisserait pas Téhéran conserver ces stocks, évoquant même leur destruction après récupération. De son côté, l’Iran estime qu’un transfert à l’étranger affaiblirait sa capacité de dissuasion face à de futures frappes américaines ou israéliennes.
Des pistes de compromis restent néanmoins évoquées, notamment une dilution du stock sous supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Le Pakistan et la Chine deviennent-ils des acteurs centraux ?
L’agence iranienne ISNA affirme que des échanges de messages et de projets de texte sont en cours entre les deux camps afin d’établir un cadre formel d’accord. Al Jazeera évoque de son côté une intense médiation pakistanaise.
Mais au-delà même du Pakistan, plusieurs signaux montrent le poids croissant de Pékin dans les grands équilibres internationaux. Quelques jours après la visite du chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, Vladimir Poutine s’est rendu en Chine pour rencontrer Xi Jinping, dans un contexte où Moscou dépend de plus en plus économiquement et diplomatiquement de Pékin.
Même dans sa relation avec Moscou, Pékin impose toutefois son propre tempo : selon Le Monde, Vladimir Poutine n’a pas obtenu l’engagement ferme espéré sur le gazoduc Force de Sibérie 2, signe que Xi Jinping cherche à rester au centre du jeu sans se laisser entraîner totalement par ses partenaires.
La Chine apparaît ainsi comme un point de convergence entre plusieurs crises majeures : Ukraine, Iran, énergie et rivalité sino-américaine.
Le conflit avec l’Iran affecte-t-il déjà le dossier Taïwan ?
Un autre signal important est apparu jeudi : Washington a suspendu certaines ventes d’armes à Taïwan afin de préserver ses stocks de munitions mobilisés dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.
Cette décision illustre l’interconnexion croissante des fronts géopolitiques américains. Le dossier iranien ne se limite plus au nucléaire : il influence désormais les capacités militaires américaines en Asie et alimente les calculs stratégiques de Pékin.
Dans ce contexte, les négociations avec Téhéran dépassent largement la seule question technique de l’enrichissement d’uranium. Elles deviennent un test plus large de l’équilibre entre Washington, Pékin et Moscou dans un ordre international en pleine recomposition.
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