La réglementation des compléments alimentaires était au centre d’une séance d’audition organisée jeudi 7 mai 2026 au palais du Bardo par la Commission de la santé de l’Assemblée des représentants du peuple. Les représentants du Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées ont plaidé pour l’adoption d’une loi globale afin d’encadrer un secteur en forte expansion depuis la pandémie de Covid-19, mais encore marqué par un vide juridique.
Un secteur à risque sanitaire
Le président du syndicat a rappelé que les compléments alimentaires ne sont pas de simples produits de consommation. Sans être des médicaments, certains peuvent avoir un effet sur l’organisme, interagir avec des traitements ou être inadaptés à l’état de santé de certains consommateurs.
Les pharmaciens demandent donc un cadre permettant de contrôler la qualité des produits, depuis les matières premières jusqu’à leur consommation finale, ainsi qu’un système de traçabilité permettant de retirer rapidement tout produit dangereux ou non conforme.
L’alerte ne repose pas, à ce stade, sur l’annonce de cas graves liés à une surconsommation. Elle vise plutôt à prévenir les risques d’un marché où certains produits sont vendus et consommés sans encadrement suffisant.
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Les compléments sensibles dans le viseur
Le syndicat propose de classer les compléments alimentaires selon leur niveau de risque. Les produits contenant des plantes médicinales, des doses concentrées de vitamines ou de minéraux, ou des substances susceptibles d’interagir avec des médicaments devraient, selon lui, être soumis à un régime strict.
Les pharmaciens réclament pour ces produits une fabrication dans des laboratoires autorisés, sous contrôle du ministère de la Santé et avec supervision pharmaceutique. Ils proposent aussi une autorisation de mise sur le marché renouvelable tous les trois ans.
Vente en ligne, contrefaçon et automédication
Les débats ont également mis en lumière le désordre qui entoure une partie du marché. Des compléments sont aujourd’hui vendus dans plusieurs circuits, y compris sur Internet et les réseaux sociaux, dans un contexte de contrôle jugé insuffisant.
La contrefaçon, la contrebande, l’absence de notice détaillée et la promotion de produits aux vertus parfois ambiguës figurent parmi les principales inquiétudes soulevées. Les députés ont aussi évoqué les risques liés à l’automédication, notamment chez les sportifs.
Le débat comporte enfin une dimension économique. Selon les représentants du syndicat, certains produits présentés comme compléments alimentaires seraient en réalité proches de produits médicamenteux à faible concentration, dans un marché où la question des prix élevés a aussi été soulevée.
Le syndicat propose la création d’un registre national des compléments alimentaires, avec des informations sur la composition, le niveau de risque, les conditions de distribution et les avertissements nécessaires.
Cette audition montre que le sujet dépasse le simple vide juridique. Pour les pharmaciens, l’enjeu est de sortir les compléments alimentaires d’une zone grise, entre produit de consommation et produit à effet sanitaire.
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