L’alerte sanitaire liée au navire de croisière MV Hondius a ravivé, ces derniers jours, le souvenir des grandes crises pandémiques. Les données disponibles et les avis médicaux appellent pourtant à une lecture nuancée : le foyer est réel, il nécessite une surveillance internationale, mais il n’est pas comparable au Covid-19.
Intervenant ce vendredi 8 mai sur Express FM, la professeure hospitalo-universitaire en maladies infectieuses à la faculté de médecine de Tunis, Rim Abdelmalek, a appelé à traiter le sujet avec rationalité, sans minimisation ni dramatisation. Le hantavirus n’est pas un virus nouveau, et il ne présente pas les caractéristiques d’un agent pandémique.
Ce que l’on sait du foyer
Selon l’OMS, sept cas avaient été recensés au 4 mai à bord ou en lien avec le MV Hondius, dont deux confirmés en laboratoire, cinq cas suspects et trois décès. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies faisait état, au 6 mai, du même bilan provisoire, en soulignant qu’il s’agissait d’un incident encore évolutif.
Depuis, plusieurs suivis internationaux évoquent huit cas rapportés, dont trois décès. Des opérations de traçage ont été engagées après le débarquement de passagers lors d’une escale à Sainte-Hélène, avant la confirmation du foyer. Le navire, parti d’Ushuaia le 1er avril 2026, se dirige vers Tenerife, dans les îles Canaries, où des mesures sanitaires spécifiques sont prévues.
Un virus connu, à transmission limitée
Rim Abdelmalek a rappelé que les hantavirus sont connus depuis plusieurs décennies. La contamination humaine se fait généralement par inhalation de particules contaminées par les urines, les excréments ou la salive de rongeurs infectés.
Le virus identifié dans ce foyer est le virus Andes, une forme particulière d’hantavirus pouvant, dans de rares circonstances, se transmettre d’homme à homme. Mais cette transmission reste rare et nécessite généralement un contact étroit et prolongé, ce qui le distingue fondamentalement des virus respiratoires à forte diffusion communautaire.
L’hypothèse d’une contamination avant l’embarquement est étudiée par les autorités sanitaires, notamment autour du parcours du couple néerlandais considéré comme central dans le foyer. Mais l’origine exacte de l’exposition reste encore à confirmer.
Des formes graves possibles, mais ciblées
La maladie peut être grave et potentiellement mortelle. Les symptômes peuvent inclure fièvre, troubles gastro-intestinaux et, dans les cas sévères, pneumonie, détresse respiratoire aiguë ou état de choc.
Les personnes âgées ou souffrant de pathologies chroniques sont plus exposées aux complications. Il n’existe pas, à ce stade, de traitement antiviral spécifique largement disponible. La prise en charge repose principalement sur un traitement de soutien, adapté à l’état du patient.
Vigilance, pas panique
Le message de l’OMS est sans ambiguïté. Maria Van Kerkhove, directrice du département Prévention et préparation aux épidémies et pandémies, a clairement écarté le scénario d’une pandémie. « Ce n’est pas le Covid. Ce n’est pas la grippe », a-t-elle déclaré, en rappelant qu’il s’agit d’un foyer limité lié à un navire.
Dans le suivi du Monde, elle est également citée affirmant qu’il ne s’agit ni du début d’une épidémie, ni du début d’une pandémie. L’OMS estime que le foyer devrait rester limité si les mesures de santé publique sont appliquées et si les pays concernés coopèrent.
Ce cadrage rejoint celui de Rim Abdelmalek : le hantavirus est un virus connu, surveillé, qui peut être grave, mais dont le profil de transmission est très éloigné de celui des agents pandémiques. L’alerte du MV Hondius justifie de la vigilance, pas de la panique.
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