Face à une pression hydrique de plus en plus marquée, le ministère de l’Agriculture place la réutilisation des eaux usées traitées au cœur de sa stratégie. Lors d’une réunion de travail consacrée au suivi de la situation agricole et hydrique dans les gouvernorats de Jendouba et de Zaghouan, le ministre Ezzedine Ben Cheikh a insisté sur le caractère désormais incontournable de cette option pour sécuriser les ressources en eau et soutenir la production agricole.
Le recours aux eaux traitées n’est plus présenté comme une alternative, mais comme une nécessité structurelle. Dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources naturelles et les effets du changement climatique, le ministère mise sur le développement de la réutilisation, notamment à travers le renforcement des procédés de traitement tertiaire, permettant une eau conforme aux usages agricoles.
Changement de pratiques sur le terrain
Cette orientation suppose toutefois un changement de pratiques sur le terrain. Le ministre a plaidé pour une implication accrue de la recherche scientifique et la mise en place de programmes d’accompagnement destinés aux agriculteurs. L’objectif est double : lever les réticences liées à l’utilisation de ces eaux et améliorer leur intégration dans les systèmes d’irrigation. La coordination entre les différentes structures administratives est également présentée comme un levier essentiel pour optimiser l’exploitation de ces sources.
Au-delà de la question de la réutilisation, la réunion a mis en lumière les défis persistants en matière de gouvernance de l’eau. L’accélération des grands projets hydrauliques, l’amélioration de la gestion des sources disponibles et la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable durant la période estivale figurent parmi les priorités affichées. Le ministre a également insisté sur la rationalisation de l’irrigation dans les périmètres agricoles et sur la nécessité de renforcer l’efficacité des groupements hydrauliques, notamment à travers le recouvrement des créances.
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Dans le gouvernorat de Jendouba, l’accent a été mis sur le développement de cultures stratégiques, en particulier la betterave sucrière. Cette orientation s’inscrit dans une logique de souveraineté alimentaire, avec un engagement de l’État à économiser les source hydriques nécessaires et à mobiliser les terres disponibles, en coordination avec les structures foncières publiques.
Renforcer les passerelles entre recherche académique et terrain
Par ailleurs, le ministère entend renforcer les passerelles entre recherche académique et terrain. L’exemple de la coopération entre la direction régionale de l’agriculture de Zaghouan et l’École supérieure d’agriculture de Mograne illustre cette volonté de promouvoir une recherche appliquée, directement utile aux agriculteurs. La formation continue et l’encadrement technique, notamment en matière de réglage des engins de récolte, sont également appelés à être intensifiés.
En filigrane, c’est un changement de paradigme qui se dessine : faire de l’eau traitée une ressource agricole à part entière. Reste à savoir si les conditions techniques, économiques et sociales seront réunies pour assurer l’adhésion des agriculteurs et garantir l’efficacité de cette transition.