En flânant dans la médina de Tunis, je rencontre toujours les mêmes joueurs de dames qui, ponctuels, s’installent à la rue Lagha, à la confluence de plusieurs boutiques des friperies de la Hafsia.
Plongés dans le jeu, entourés de spectateurs qui commentent à haute voix les mouvements des dames, les deux protagonistes sont plongés dans leur partie et font corps avec le jeu.
Les maîtres du recyclage
Ici, tout est recyclé : une planche de fortune a été repeinte avec le nombre de cases qu’il faut et des capsules en plastique servent de pièces.
Tout est aussi concentration puisque les deux joueurs, avant chaque geste, prennent leur temps à la manière des grands maîtres internationaux.
Un simple jeu devient une véritable cérémonie et aussi un spectacle de rue que j’admire toujours avec l’impression de goûter à mes propres madeleines.
Une cérémonie et plein de madeleines
Car ces joueurs de dames me renvoient au temps lointain de l’enfance lorsque nous utilisions les mêmes damiers avec des capsules de boissons gazeuses qui étaient placées à l’endroit et à l’envers sur nos planches tout aussi rudimentaires.
Et l’attroupement qui se forme inéluctablement évoque en moi les petites foules qui entouraient et encourageaient les joueurs de flipper ou de baby-foot.
Images d’Épinal locales surgies au coin d’une rue, ces rencontres impromptues disent beaucoup de nous et à leur manière, mesurent le temps qui passe.
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