Une étude récente présentée à Tunis alerte sur une aggravation durable de la pollution agricole en Tunisie. Loin d’un phénomène conjoncturel, elle décrit une crise structurelle qui menace sols, ressources hydriques et santé publique. Les auteurs appellent à une refonte urgente du modèle agricole et de la gouvernance environnementale.
Un modèle agricole à bout de souffle
Élaborée par l’Association pour la responsabilité sociale (Social Accountability Association), l’étude intitulée « La pollution agricole en Tunisie : entre inertie des textes juridiques et mutations de la réalité de terrain », met en lumière un décalage profond entre les textes juridiques et la réalité du terrain. Cadres législatifs fragmentés, application insuffisante et politiques publiques peu efficaces composent un paysage marqué par l’inertie institutionnelle.
Ce déséquilibre fragilise l’ensemble des écosystèmes agricoles. La dégradation des sols, la raréfaction des ressources hydriques et les risques sanitaires liés aux résidus chimiques sont désormais au cœur des préoccupations.
Agriculture intensive et dérives chimiques
Pour Houssine Rhili, consultant en développement, la situation s’inscrit dans une « crise environnementale croissante » amorcée depuis 2011. Le basculement vers une agriculture intensive, combiné à une faible maîtrise technologique, a favorisé un recours excessif aux pesticides et aux engrais.
L’usage de semences importées est particulièrement pointé du doigt, celles-ci nécessitant davantage d’intrants chimiques pour s’adapter aux conditions locales. Résultat : une contamination progressive des nappes phréatiques et des cours d’eau, avec des répercussions directes sur la santé humaine.
Défaillances de contrôle et vide institutionnel
L’étude souligne également de graves lacunes en matière de contrôle. Selon Houssine Rhili, les inspections sur le terrain restent insuffisantes, tandis que les frontières demeurent poreuses à l’entrée de produits phytosanitaires parfois interdits ailleurs.
À cela s’ajoutent une dispersion des textes et des institutions ainsi que l’absence de juridictions spécialisées en matière environnementale. Autant de facteurs qui entravent l’efficacité de l’action publique.
L’agroécologie, une alternative stratégique
Face à ce constat, les experts plaident pour une transition vers un modèle agroécologique. Défendue notamment par Maha Mouelhi, agricultrice et consultante en agroécologie et permaculture, cette approche repose sur la diversité des cultures, la fertilité naturelle des sols et la réduction des intrants chimiques.
Au-delà d’un choix technique, il s’agit d’un enjeu de souveraineté alimentaire et environnementale. Le retour aux semences locales, plus adaptées et moins dépendantes des produits chimiques, est également préconisé.
Les auteurs de l’étude appellent à une transformation en profondeur du secteur agricole, fondée sur une volonté politique claire, des réformes structurelles et une vision à long terme. Le retard dans l’adoption de textes clés, comme le code des eaux, est vivement critiqué.