La révision immédiate des droits d’entrée aux musées, monuments et sites archéologiques tunisiens suscite une vive réaction de la profession. La Fédération interprofessionnelle du tourisme tunisien dénonce une décision brutale, appliquée sans concertation, qui risque de coûter cher aux agences de voyage engagées avec les tour-opérateurs étrangers.
La hausse des tarifs d’accès aux sites patrimoniaux, entrée en vigueur dès le 1er avril après sa publication au JORT n°34 du 31 mars, ouvre un nouveau front entre les autorités et les professionnels du tourisme. Si la Fédération interprofessionnelle du tourisme tunisien (FITT) reconnaît la nécessité de mieux valoriser le patrimoine national, elle s’alarme de la méthode employée : une application immédiate, sans délai d’adaptation ni consultation préalable.
Une revalorisation jugée légitime sur le fond
Dans son communiqué publié vendredi, la FITT insiste sur la dimension universelle du patrimoine tunisien et admet que les tarifs pratiqués jusque-là restaient relativement modestes par rapport aux standards internationaux.
La nouvelle grille, désormais structurée en cinq catégories de sites, prévoit par exemple un ticket fixé à 30 dinars pour le Musée national du Bardo dès avril 2026, avant un passage à 45 dinars en janvier 2027. D’autres hauts lieux comme Carthage, El Jem ou Kairouan sont également concernés par des augmentations substantielles.
Autrement dit, sur le principe, la profession ne remet pas en cause la revalorisation du patrimoine. Ce qu’elle conteste, c’est l’absence totale de progressivité dans l’entrée en application.
Les agences réceptives face à un risque financier immédiat
Le cœur de la contestation concerne surtout les agences spécialisées dans le tourisme réceptif, qui travaillent sur des contrats annuels verrouillés avec les opérateurs étrangers.
Ces professionnels ont déjà commercialisé leurs forfaits 2026 sur la base des anciens prix. Avec l’entrée en vigueur instantanée des nouveaux tarifs, ils se retrouvent contraints d’absorber eux-mêmes le surcoût, sans possibilité légale de modifier les clauses tarifaires signées.
Selon la fédération, certaines structures pourraient enregistrer des pertes de plusieurs milliers de dinars sur l’exercice en cours, ce qui fragilise particulièrement les agences de taille moyenne déjà soumises à des marges réduites.
Le cas du Bardo cristallise les tensions
L’exemple le plus marquant avancé par la FITT concerne le Musée national du Bardo, où le droit d’entrée destiné aux visiteurs étrangers aurait bondi de 130%. D’autres sites ont connu des hausses avoisinant 70%, un niveau jugé difficilement absorbable dans les packages déjà vendus sur les marchés internationaux.
Au-delà du débat tarifaire, cette polémique remet sur la table la question de la coordination entre les pouvoirs publics et les opérateurs du tourisme, à l’heure où la Tunisie ambitionne d’atteindre un nouveau cap en matière de fréquentation touristique.