La rencontre entre la ministre des Affaires culturelles Amina Srarfi et l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie Bill Bazzi ne constitue pas un simple épisode protocolaire. Elle s’inscrit dans une séquence diplomatique plus large où les visites sectorielles successives dessinent progressivement une architecture de coopération structurée.
Depuis plusieurs semaines, les échanges ont concerné l’industrie, l’aéronautique puis les infrastructures et le transport. L’ouverture du volet culturel apparaît désormais comme l’extension logique d’une relation qui ne se limite plus à l’économie.
Une progression diplomatique par paliers
L’ordre des priorités n’est pas anodin. Les premières discussions ont porté sur les secteurs productifs et les investissements industriels, domaines où la coopération produit des effets rapides et mesurables. Viennent ensuite les infrastructures, qui organisent les flux économiques et sécurisent les partenariats.
La culture intervient dans un troisième temps : celui de l’installation durable.
Dans les relations internationales contemporaines, l’influence ne s’enracine véritablement que lorsqu’elle touche la formation, la création et les références symboliques. L’investissement culturel ne cherche pas un rendement immédiat mais une stabilité relationnelle.
La rencontre autour du patrimoine, des échanges universitaires et des industries créatives marque ainsi le passage d’une coopération fonctionnelle à une coopération d’environnement.
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Patrimoine et formation : l’influence par la transmission
La Tunisie dispose d’un patrimoine archéologique majeur dont la valorisation demeure inférieure à son potentiel économique. La coopération internationale peut apporter expertise technique, accès aux programmes de financement et structuration des projets touristiques.
Mais l’enjeu dépasse la conservation.
Former, restaurer, documenter un patrimoine revient aussi à participer à la manière dont il est interprété, raconté et diffusé.
Les partenariats universitaires et scientifiques deviennent alors des vecteurs d’intégration intellectuelle autant que technique.
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Industries créatives : un levier économique et narratif
Le dialogue a également porté sur le cinéma et l’audiovisuel, secteurs à forte valeur ajoutée et à forte portée symbolique.
Coproductions, circuits de diffusion internationaux et programmes d’échange peuvent offrir aux créateurs tunisiens un accès élargi aux marchés. Mais ils impliquent également une normalisation progressive des cadres juridiques, fiscaux et professionnels.
Les industries culturelles produisent simultanément de l’emploi qualifié et des représentations collectives : elles constituent à la fois un secteur économique et un espace narratif.
Une coopération aux implications géopolitiques
Dans un environnement régional marqué par la concurrence d’influence — européenne, asiatique et moyen-orientale — la culture devient un instrument diplomatique indirect. Elle permet de consolider une relation stratégique sans passer par les canaux sécuritaires.
Après les partenariats industriels et logistiques, l’ouverture culturelle correspond ainsi à la phase d’ancrage : celle où la relation s’inscrit dans la durée plutôt que dans le projet.
La coopération tuniso-américaine change alors de nature. Elle ne concerne plus seulement les échanges, mais le cadre dans lequel ces échanges évolueront.
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