La polémique italienne n’était sans doute qu’un prélude. Après les critiques venues de la péninsule, ce sont désormais certains producteurs français, notamment dans le sud du pays, qui expriment leurs interrogations face à la concurrence des huiles d’olive importées de pays tiers, au premier rang desquels figure la Tunisie. Une préoccupation qui, à Paris comme à Rome, se concentre moins sur la qualité prouvée des produits que sur l’asymétrie des normes et l’absence de contrôles systématiques aux frontières européennes.
A l’origine de cette nouvelle séquence, un rapport récent de la Cour des comptes européenne. Le document pointe des contrôles jugés « inexistants » ou « sporadiques » sur les huiles d’olive importées hors Union européenne. L’audit révèle notamment qu’en Italie, aucun chargement n’aurait été contrôlé aux principaux points d’entrée en 2023 et 2024, tandis qu’en Espagne, seuls trois échantillons ont été analysés sur une période de cinq ans.
Ces constats ont immédiatement trouvé un écho dans les filières nationales. En France, plusieurs producteurs estiment que cette situation crée un déséquilibre structurel, alors même que les huiles européennes sont soumises à des exigences sanitaires strictes et régulièrement vérifiées.
Les producteurs français invoquent l’« effet miroir »
Sur la Côte d’Azur et en Provence, les oléiculteurs rappellent la densité des contrôles auxquels ils sont soumis. Analyses systématiques des résidus de pesticides, traçabilité renforcée, audits réguliers : la filière française revendique un haut niveau d’exigence, défendu par l’interprofession France Olive.
Le directeur de l’interprofession souligne toutefois que les différences réglementaires constituent le cœur du malaise actuel. « Certaines molécules interdites en France peuvent être autorisées en Espagne. Quant aux pays extérieurs à l’Europe, on sait que l’Afrique du Nord a une réglementation plus tolérante », explique-t-il à France 3-Régions / franceinfo.fr. Pour autant, il précise qu’« en dix ans, nous n’avons pas une seule fois détecté de produit interdit » dans les huiles analysées, les dépassements de seuils autorisés restant « absolument rarissimes ».
Autrement dit, le débat porte davantage sur la transparence et l’égalité des règles que sur une accusation sanitaire formelle à l’encontre des huiles importées.
Une mécanique déjà observée en Italie
Cette rhétorique rappelle fortement celle développée ces derniers mois par les organisations agricoles italiennes, notamment Coldiretti Puglia, qui dénonçaient une concurrence jugée déloyale et une pression à la baisse sur les prix du « Made in Italy ». Dans les deux cas, la séquence est similaire : tensions sur les marchés locaux, chute des prix, puis focalisation sur les importations extra-européennes.
Selon l’Agence de promotion des investissements agricoles (APIA), la Tunisie occupe actuellement le quatrième rang mondial des producteurs d’huile d’olive, sur la base de moyennes pluriannuelles. Mais la dynamique évolue rapidement : lors de la campagne 2025-2026, la Tunisie pourrait devenir le deuxième producteur mondial, derrière l’Espagne et devant l’Italie. Une projection qui contribue à placer le pays au centre d’un débat dépassant largement sa production réelle ou ses pratiques agricoles.
La Tunisie, symptôme plus que cause
Les données du Conseil oléicole international confirment une tendance globale marquée par la tension. L’organisation anticipe un léger recul de la production mondiale, estimée à 3,44 millions de tonnes, contre 3,57 millions la saison précédente, soit une baisse d’environ 4%. Dans le même temps, la consommation mondiale devrait progresser d’environ 1%, pour atteindre près de 3,27 millions de tonnes, tandis que les importations mondiales augmenteraient de 2,4%.
Dans ce contexte, l’Espagne, la Tunisie et l’Italie devraient rester les principaux pôles mondiaux de la production, selon le COI, même si leurs volumes respectifs varient fortement d’une campagne à l’autre. Une configuration qui accentue les tensions sur le marché européen, structurellement déficitaire, et nourrit les crispations observées dans les filières nationales.
Parallèlement, Tunis cherche à élargir son accès préférentiel au marché européen, une démarche qui ravive régulièrement les débats agricoles dans les pays du sud de l’Union européenne, où l’huile d’olive demeure à la fois un enjeu économique, culturel et politique. Au cœur des discussions figure le relèvement du volume d’huile d’olive exportable en franchise de droits de douane, aujourd’hui plafonné à 56 700 tonnes dans le cadre de l’Accord d’association entré en vigueur en 1998, que la Tunisie souhaite porter à 100 000 tonnes afin d’accompagner la montée en puissance de sa filière.
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