Un collège médical tout juste inauguré dans le district de Reasi, au Cachemire indien, a été contraint de fermer quelques semaines après son ouverture. Le Shri Mata Vaishno Devi Medical Institute (SMVDMI) a vu son autorisation retirée par l’autorité nationale de régulation, le National Medical Commission (NMC), à la suite de protestations visant la composition religieuse de sa première promotion : 42 des 50 étudiants admis étaient musulmans.
Tous avaient pourtant été sélectionnés via le concours national NEET, un examen réputé impartial et indifférent à l’origine sociale ou confessionnelle des candidats.
La contestation est partie de groupes nationalistes hindous, qui ont dénoncé une admission jugée « disproportionnée » dans un établissement financé en partie par un trust religieux associé au temple hindou de Vaishno Devi. Sous pression, les autorités ont lancé un audit qui a conclu à des lacunes logistiques — manque d’enseignants, infrastructures incomplètes, capacités hospitalières insuffisantes — avant de retirer l’agrément du collège. Une conclusion qui, pour les étudiants et plusieurs observateurs, contredit les inspections préalables et intervient à un moment remarquablement opportun.
Quand la politique s’invite dans les procédures
La fermeture ne touche pas uniquement les étudiants visés par les protestations. Elle suspend la scolarité de futurs médecins, prive des enseignants de poste et frappe une région où les besoins sanitaires sont criants. Elle illustre surtout un renversement : le système d’admission fondé sur le mérite et les concours nationaux cède face à la pression de mouvements porteurs d’un nationalisme hindou en progression constante depuis dix ans.
L’affaire SMVDMI devient ainsi plus qu’un différend local. Elle montre comment une majorité religieuse, forte de son poids électoral et de sa capacité à mobiliser la rue, peut influencer les décisions administratives dans une démocratie pourtant dotée d’institutions solides et indépendantes.
Dans un pays longtemps présenté comme modèle de pluralisme, elle met en lumière une fragilité nouvelle : l’accès au savoir, jusque-là encadré par des règles nationales standardisées, peut être reconfiguré à l’aune d’identités collectives.
Un signal mondial : la ligne entre mérite et appartenance se déplace
Ce qui se passe au Cachemire résonne avec d’autres tensions éducatives contemporaines. Aux États-Unis, plusieurs États républicains ont retiré ou restreint l’enseignement de l’histoire afro-américaine, transformant l’école en champ de bataille idéologique autour du récit national et de la mémoire collective.
En France, la neutralité scolaire se retrouve au cœur d’affrontements politiques successifs — interdiction du voile, puis des abayas, transformant la salle de classe en symbole d’un débat plus large sur l’identité et la laïcité.
Ailleurs, le choc est bien plus violent. En Palestine, l’éducation a basculé dans la survie brute : depuis l’agression de 2023, les agences onusiennes documentent la destruction de la quasi-totalité des écoles et universités de Gaza, désormais hors service. Pour l’UNRWA et l’UNICEF, les frappes israéliennes ont anéanti non seulement des infrastructures, mais la possibilité même d’enseignement pour une génération entière.
Dans cet environnement mondialisé, la fermeture d’un collège parce que “trop de musulmans ont réussi un concours” n’est plus seulement un symptôme local. Elle s’inscrit dans une tendance où la question déterminante n’est plus seulement qui réussit, mais qui est admis à participer pleinement à la société, et à quelles conditions.
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