Alors que la production de déchets explose dans la région MENA, un rapport de Greenpeace met en garde contre l’aggravation rapide de la pollution plastique, notamment en Méditerranée. En Tunisie, l’inefficacité des politiques publiques contraste avec le dynamisme d’ONG, de collecteurs informels et d’initiatives citoyennes qui tentent de contenir une crise environnementale et sanitaire majeure.
La région Moyen-Orient et Afrique du Nord se dirige vers une explosion de sa production de déchets au cours des prochaines décennies. Selon un récent rapport de Greenpeace MENA, les volumes annuels pourraient presque doubler d’ici 2050, traduisant une pression croissante sur des systèmes de gestion déjà fragilisés.
La Tunisie, un littoral sous asphyxie
Intitulé « Problème mondial, solutions locales », le document passe en revue la situation dans plusieurs pays, dont la Tunisie, et alerte sur l’ampleur de la pollution plastique, en particulier dans le bassin méditerranéen, devenu l’un des espaces marins les plus contaminés au monde.
En Tunisie, les chiffres dressent un tableau préoccupant. Le pays génère chaque année plusieurs millions de tonnes de déchets, dont une part importante est constituée de plastique. Une quantité massive finit sur le littoral et une fraction non négligeable se retrouve directement en mer, contribuant à la dégradation rapide des écosystèmes marins.
Les conséquences sur la biodiversité sont déjà visibles. Une large majorité des animaux marins retrouvés échoués ou examinés présentent des traces de plastique dans leur organisme, notamment chez les tortues, devenues un symbole silencieux de cette pollution chronique.
Des lois peu appliquées, un système à bout de souffle
Si des textes interdisant les sacs en plastique à usage unique ont bien été adoptés, leur application reste largement théorique. Dans les faits, ces produits continuent de circuler massivement sur les marchés et dans les circuits de distribution, illustrant les failles persistantes dans l’exécution des politiques publiques environnementales.
Le rapport souligne ainsi l’écart entre les annonces réglementaires et la réalité du terrain, dans un contexte où les capacités de contrôle et de sanction demeurent limitées.
Face à ces carences, des acteurs locaux tentent de combler le vide. Parmi eux, l’ONG « Notre Grand Bleu » s’est imposée comme un acteur central de la protection du milieu marin. Née d’une initiative de plongeurs, de pêcheurs et de chercheurs, l’association combine travail scientifique et expertise de terrain.
Elle alerte notamment sur le phénomène du « plastique fantôme », ces engins de pêche perdus en mer qui continuent de piéger la faune pendant des années. Dans certaines zones, des dizaines de milliers de dispositifs en plastique seraient abandonnés chaque année, transformant les fonds marins en pièges permanents.
Parallèlement, l’organisation développe des projets d’économie circulaire, en valorisant les déchets récupérés, et mène des actions de sensibilisation auprès des jeunes, misant sur la formation et l’éducation environnementale pour ancrer un changement durable des comportements.
Les « héros invisibles » du recyclage
Le rapport met également en lumière le rôle crucial des collecteurs informels de déchets, souvent qualifiés de « héros invisibles » du recyclage. Ce sont eux qui assurent l’essentiel de la récupération des matières recyclables, dans un système où le taux de recyclage officiel reste extrêmement faible.
Malgré leur contribution déterminante, ces travailleurs restent en grande partie exclus des dispositifs institutionnels et privés de toute protection sociale, ce qui fragilise l’ensemble de la chaîne de gestion des déchets.
Pour Greenpeace, l’avenir de la Tunisie en matière de gestion des déchets passe par une refonte profonde de la stratégie nationale. L’organisation plaide pour l’intégration des collecteurs informels dans le système officiel, un soutien accru aux ONG et aux entreprises sociales, ainsi qu’une application rigoureuse du principe de responsabilité élargie des producteurs, afin que les industriels assument le coût réel du plastique qu’ils mettent sur le marché.
Au-delà de l’impact écologique, le rapport alerte sur les risques sanitaires liés aux microplastiques, désormais omniprésents dans l’air, l’eau et la chaîne alimentaire. L’exposition quotidienne à ces particules est associée à des inflammations chroniques et à des atteintes potentielles à la santé reproductive.
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