Le dinar s’apprécie face à l’euro : faut-il s’en réjouir ?

La récente hausse du dinar par rapport à l’euro et sa dépréciation par rapport au dollar, si elles ont pris de court les profanes, elles n’ont pas surpris, pour autant, les spécialistes de la chose économique qui s’attendaient, quelque part, à ce jeu de pendules.

Finalement, ces deux faits saillants de la semaine sont-ils pour nous réjouir ou, au contraire, sont-ils néfastes pour notre économie et particulièrement pour nos échanges commerciaux ?

Des variations à nuancer !

Il est important de préciser, d’abord, avant de parler des conséquences, que l’augmentation du taux de change du dinar par rapport à l’euro, constaté ces derniers jours (au 15 juillet 2022, 1 euro valait 3,08 dinars contre 3,3158 dinars le 30 juillet 2021), n’est pas due à des facteurs économiques (amélioration de la croissance et de la balance commerciale), à des facteurs financiers (baisse de la dette publique) ou à des facteurs monétaires (changement de taux directeurs, baisse de l’inflation, changement de politique monétaire).

Ces facteurs qui influent, généralement, sur le taux de change ne sont pour rien dans la nouvelle cotation du dinar. Cela n’a pas l’ombre d’un doute. Il serait, donc, sage que les opérateurs économiques nuancent ces variations et pondèrent leurs ardeurs.

Autrement dit, qu’ils ne s’enthousiasmeront pas trop si la nouvelle valeur du dinar par rapport à ces deux devises leur soit bénéfique, et qu’ils ne dramatiseront pas si ce changement de taux impacte leurs affaires. Ce n’est, à notre sens, qu’une question de jours et tout sera rétabli au niveau qui l’était précédemment. Pourquoi ?

Parce que tout simplement, le taux de change du dinar par rapport à l’euro et par rapport au dollar est biaisé, en grande mesure, par la guerre en Ukraine. En effet, cette dernière a entraîné, sinon une récession, du moins une baisse de croissance dans la zone euro, avec de surcroît des pressions inflationnistes persistantes (dues aux ruptures d’approvisionnement et à la hausse des salaires, entre autres).

Tout cela a provoqué, mécaniquement sommes-nous tentés de dire, une décote de l’euro, au détriment du dollar qui, lui, a gagné des points du fait qu’il est historiquement une valeur de refuge.

Quelles conséquences sur notre économie ?

Les économistes disent qu’une monnaie de qualité est une monnaie qui a une valeur stable. Cela dit, pour insignifiantes qu’elles soient, les variations dans le taux de change du dinar ne doivent pas, selon toute vraisemblance, impacter fortement nos échanges commerciaux encore moins la valeur de notre dette publique.

Dans la logique économique, lorsque la valeur de la monnaie s’apprécie, comme c’est le cas actuellement du dinar par rapport à l’euro, ce n’est pas une bonne chose pour nos exportations en produits manufacturés, parce qu’en devenant plus chers ils perdront de leur compétitivité au profit de produits de pays concurrents.

Dans le même temps, la dépréciation du dinar par rapport au dollar va renchérir nos principales importations (pétrole, gaz, céréales, …) qui sont libellés dans cette monnaie. Ce qui impactera négativement nos réserves de change.

Sans doute, s’il est un bénéfice à tirer de la hausse actuelle du dinar par rapport à l’euro, il est à chercher, un tantinet, au niveau de la dette publique tunisienne qui est libellée, à concurrence de 59%, dans la monnaie unique. Mais pour gagner au change, il faut qu’on honore nos dettes aujourd’hui.

Avec quel argent ?

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 18/07/2022

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