Inflation ou croissance ? Pour nous, c’est droit dans le mur !

Le Conseil d’administration de la BCT a décidé, le 17 avril dernier, de relever le taux directeur de la banque de 0,75 point de pourcentage à 7%. Parallèlement, il a relevé le taux de rémunération de l’épargne de 1 point de pourcentage à 6%.

Que peut-on déduire de la décision de la BCT d’augmenter son taux de refinancement des banques sinon qu’il s’agit d’une tentative de sa part de juguler, autant que faire se peut, l’inflation qui s’établit, désormais, à 7,5%.

On peut comprendre l’embarras du Conseil d’administration quant à la prise de cette décision et disons, tout de go, qu’il l’a prise à contre cœur, car l’augmentation du taux directeur aura inéluctablement des conséquences fâcheuses sur la demande intérieure, tout particulièrement la consommation des ménages et l’investissement qui sont, à bien des égards, les moteurs de la croissance.

Logique économique !

Qu’est-ce qui se passe quand la Banque centrale augmente son taux directeur ? Les banques de la place vont-elles cesser, pour autant, de se refinancer auprès d’elle ? Bien sûr que non.

Celles-ci vont, tout simplement, et mécaniquement osons-nous dire, répercuter cette hausse sur le coût des crédits qu’elles accordent à leurs clients, qu’ils soient des particuliers ou des entreprises.

Partant de là, les agents économiques seront plus réticents à emprunter et s’ils le font, cela se fera à des montants moins importants qu’auparavant.

Résultat des courses : la consommation des ménages va se contracter tout comme la production des entreprises. Ceci dit, avec moins de dépenses, il est dans la logique des choses que les prix baissent et que le taux d’inflation revienne à de meilleurs sentiments !

Dommages collatéraux

Sauf que dans une économie comme la nôtre, marquée par une faible croissance, est-ce judicieux de réduire la consommation et la production ? La réponse est non. Il faut faire, tout à fait, le contraire, c’est-à-dire une politique monétaire expansionniste, et cela ne se réaliserait que par la baisse des taux directeurs afin de stimuler les crédits.

Il est évident que la BCT se trouve, aujourd’hui, confrontée à la délicate mission de contenir l’inflation à un niveau raisonnable sans pour autant freiner la croissance économique.

D’ailleurs, ceci n’est pas propre à la Tunisie, la Réserve fédérale américaine a annoncé, mercredi 5 mai, un tour de vis de 50 points de base sur les taux d’intérêt, désormais entre 0,75 % et 1 %.

La BCE va, sous peu, lui emboîter le pas. Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, a annoncé, le 11 mai, le relèvement de ses taux pour tenter de lutter contre l’inflation qui a atteint 7,5% en zone euro sur un an le mois dernier.

Il est établi que la guerre en Ukraine a fait des ravages dans l’économie mondiale et sans un arrêt des hostilités, l’inflation continuera à sévir. Les économies fortes ont les moyens et les outils financiers pour amortir le choc. Les économies faibles, comme la nôtre, c’est directement dans le mur !

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 23/05/2022

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