« Wir sind das Volk » / « Al chaab yourid »

Dessin de Chedly Belkhamsa

Chaque 3 octobre, l’Allemagne célèbre son unité retrouvée et se souvient de la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989. La réunification allemande m’a toujours inspiré pour au moins trois raisons.

D’abord, j’ai pu vivre à Berlin l’effervescence du début des années 1990. En ce temps, le slogan « Wir sind das Volk » résonnait dans toutes les oreilles et était repris à l’unisson.

Ce leitmotiv signifie « Nous sommes le peuple » et prendrait une signification encore plus particulière si nous le mettions en regard avec le contexte politique de la Tunisie de l’après-25 juillet.

D’ailleurs, le slogan « Al chaab yourid » semble traduire à quelques nuances près, le « Wir sind das Volk » allemand. Le magnifique dessin de Chedly Belkhamsa le suggère à sa manière.

Ensuite, cette unité allemande m’inspire profondément car elle est l’exemple même d’un plan Marshall à l’échelle d’une nation. En un peu plus d’une décennie, l’Allemagne de l’Ouest est parvenue à mettre à niveau la défunte RDA grâce à un gigantesque effort national.

C’est d’un processus similaire dont je rêve pour la Tunisie post-révolution, d’un effort collectif et endogène des régions nanties en faveur des régions moins développées.

Les Allemands nous ont appris que c’était possible mais en dix ans de révolution, nous ne sommes pas parvenus à assimiler cet exemple. Peut-être nous manque-t-il la générosité et la discipline pour envisager un tel effort national.

Enfin, cette unité allemande m’inspire car elle est aussi un gage de la diversité d’un peuple pluriel. L’Allemagne pourrait ainsi reprendre à son compte le célèbre « ex pluribus unum » car elle rassemble plusieurs « lander » dans le cadre d’une fédération où le Bavarois, le Souabe, le Westphalien et le Berlinois, tous différents, ne font qu’un pour se fondre dans le « heimat », autrement dit le pays.

Je me souviens bien de ces années à Berlin entre le Café Einstein, la Kant Strasse, Kreuzberg et la Maison des cultures du monde. Ces années allemandes, la découverte de Goethe, celle de la Route romantique et l’éblouissement de Neueschwanstein ou de la Porta Westfalica m’ont profondément marqué.

Aujourd’hui, plus de trente ans après la chute du Mur, le drapeau rouge déchiré et l’euphorie d’un peuple résonnent encore dans le dédale de mes oreilles : « Wir sind das Volk ».

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