Les paris sportifs : un projet « Yaamel El Kif » !

L’argent ne fait pas le bonheur : tout le monde le dit, mais s’en .. royalement et s’en va à la recherche d’un si beau malheur, sonnant et trébuchant.

Or les chemins de la richesse sont innombrables et vous pouvez choisir entre les plus licites et les moins catholiques (ou plutôt islamiques dans notre cas), en passant par toutes les nuances qui s’intercalent entre ces deux extrêmes, et elles sont fort nombreuses, comme vous le savez.

Mais il existe, en dehors de cette carte routière embrouillée de la chasse au trésor, une voie royale qui peut raccourcir les distances et ménager vos efforts : c’est celle des paris sportifs qui, ces derniers jours, reviennent en force, avec des boîtes privées concurrençant hardiment le « Promosport » étatique, avec en commun, une publicité tapageuse sur certaines radios privées qui, parfois, frise le ridicule, puisqu’on y présente le pari sportif comme un moyen de « créer un projet ou de le promouvoir » !

Oui, avec un minimum d’investissement (juste le coupon de participation), un peu de jugeote en matière de sport et beaucoup « très beaucoup » (comme dirait l’autre) de chance, vous pouvez, en quelques jours, gagner des millions et des millions et passer de l’autre côté de la barrière.

Le coup est vraiment tentant, et beaucoup, de Tunisiens ont tenté et tenteront toujours de briguer la fortune, par petits coupons interposés, bien qu’ils sachent qu’ils peuvent jouer à ce jeu toute leur vie sans en tirer le moindre profit, et que ce n’est pas très sage de placer leurs espoirs entre les pieds de jeunes gens qui ne s’en soucient pas du tout. Mais tant qu’il y aura des gagnants, ces espoirs persisteront, le « pourquoi pas moi ? » fonctionnant toujours comme un stimulant face aux échecs cent fois répétés.

Du coup, et la publicité débile aidant, les paris sportifs deviennent des fabriques de rêves et de châteaux au Espagne (et ailleurs) pour une multitude de petites et de moyennes gens dont les aspirations au bien-être et au confort dépassent de loin leurs modestes revenus.

A défaut d’un investissement dont ils n’ont pas les moyens ou d’un héritage qui ne viendra jamais (que peut hériter un pauvre d’un autre pauvre, à part la misère ?), ils se rabattent , avec l’espoir de la dernière chance, sur ce jeu chimérique qui pourrait leur ouvrir les portes du paradis, un paradis qu’ils regardent par le trou de la serrure, sans pouvoir jamais y accéder, à moins que le « Promosport »,ou ses concurrents privés ne leur en ouvrent les portes.

Passeports virtuels pour la fortune, les paris sportifs demeurent pour plusieurs de nos concitoyens comme une invite, payante quand même, au rêve et à l’évasion, face à toutes les frustrations de la vie. L’être humain, optimiste malgré tout, peut ne pas rester sourd aux cris de ces sirènes des temps modernes, lui promettant monts et merveilles.

Emporté par ses rêves, se projetant sans cesse dans un avenir meilleur, il en arrive parfois à supporter, plus ou moins héroïquement, son présent maussade, dans l’attente d’un miracle.
Paris sportifs aujourd’hui, le « Loto » demain (ça viendra peut-être avec l’ALECA) les carburants du rêve ne tariront jamais tant que l’homme aura besoin d’espoir pour vivre, et du hasard pour devenir riche.

Pendant que ces rêveurs investissent dans la chance pour « créer un projet ou le promouvoir » (dixit la publicité), les promoteurs des paris sportifs se la coulent douce, avec des projets en béton dont le capital est constitué, en grande partie, par nos rêves et nos frustactions. « Sahha aâlihom ! »

Adel LAHMAR
Tunis-Hebdo du 18/02/2019

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