Ces métiers qui disparaissent !

Le développement des nouvelles technologies informatiques, l’augmentation des prix des matières premières et la soumission de la Tunisie au diktat de la consommation, ont fait que plusieurs métiers ancestraux disparaissent de jour en jour. Retour sur un phénomène assez inquiétant.

On évoque souvent la liste des espèces menacées, mais jamais celle des professions en voie d’extinction. La faute incombe à divers facteurs socioéconomiques qui ont pris une certaine ampleur depuis la crise financière mondiale de 2008 et les événements de 2011.

La montée en puissance des réseaux sociaux a permis à certains médecins, avocats, notaires ou comptables de créer leur propre page web et d’être en contact direct avec le patient ou le client. De ce fait, les métiers de secrétaire médicale ou de standardiste tendent à disparaître.

Aujourd’hui, la hausse du coût de la vie et de l’immobilier contraignent les praticiens à se partager un local et à engager un seul et unique employé pour gérer les différents rendez-vous.

Dans un autre registre, l’augmentation du prix des matières premières constitue un obstacle de taille à l’égard de certains travailleurs.

En Tunisie, beaucoup de journaux papiers ont dû mettre la clé sous la porte car ils n’arrivent plus, d’une part, à rivaliser avec les sites d’actualités et, d’autre part, à rentabiliser le papier journal qu’ils achètent au prix fort. La tonne de papier importée de Suède coûte 2572,19 dinars soit l’équivalent de 770 euros.

Depuis la fuite de Ben Ali, et avec lui, les caisses de l’Etat, que personne n’a daigné réclamer aux gardiens du lac Léman, notre pays ne vit, ou plutôt, ne survit que par les emprunts au FMI, certaines donations et des millions de tonnes d’importations de denrées diverses et variées.

L’invasion de nos souks par les produits turcs et chinois est un véritable cancer généralisé pour nos artisans du cuir et du textile qui n’arrivent plus à gagner leur vie convenablement.

Enfin, certains métiers manuels qui datent depuis un certain temps, sont aujourd’hui considérés, à tort, comme avilissants et surtout dépassés. C’est le cas des cireurs de chaussures dont le nombre a chuté de plus de 50% au cours de ces dix dernières années. Bien qu’il s’agit d’un métier assez ingrat et fatigant, ce sont de pauvres hommes assez âgés qui continuent de reluire le cuir sous la pluie, le froid et la pollution pour un petit dinar la paire.

En revanche, toutes ces professions citées et dont la noblesse n’est en aucun cas remise en cause, ont laissé place à une nouvelle économie basée sur la mendicité malhonnête, les escroqueries sur le net, les faux gardiens de parking et le marché parallèle.

Des pratiques illégales qui, au lieu de permettre au pays de sortir la tête de l’eau, n’ont fait que le couler au plus profond des abîmes.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 28/01/2019

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