CLIN D’ŒIL | Fort minable, for-midable !

Peut-on encore aimer le football ? C’est sous cette question-titre que le philosophe français Robert Redeker a publié son dernier essai à la veille du Mondial de Russie. Je ne sais pas s’il faut prendre au sérieux cet essayiste, connu pour ses prises de position carrément islamophobes, quand il parle de football.

Toujours est-il qu’on peut très bien faire abstraction de son hostilité à l’islam et voir de près ce qu’il pense du ballon rond. D’entrée de jeu, il semble difficile de répondre à cette question dans la mesure où la réponse dépend de la latitude sous laquelle on se trouve.

Il est évident que sous le ciel tunisien, le football est devenu détestable, abominable et fort minable. Les temps postrévolutionnaires l’ont transformé en corps terriblement malade au chevet de qui se trouvent une ministre incapable d’en faire le diagnostic et un président de la Fédé qui croit pouvoir guérir le mal chronique par l’administration d’antalgique.

La dernière Coupe du monde qui a vécu nous a montré une autre facette du football. Adorable, admirable et formidable !
Dans son essai, Robert Redeker dénonce la puissance de l’argent qui domine et régit le football. De ce fait, il le considère comme le reflet du monde, ou plutôt ce qu’il y a de pire dans le monde : « Le football est le livre ouvert du monde et sur l’homme dans lequel chacun peut essayer de lire », note le philosophe qui ne peut admettre cette logique implacable qui veut que le plus riche finit toujours par s’imposer et gagner.

Les propos critiques à souhait du philosophe se transforment en pamphlet quand il s’en prend au patriotisme affiché pendant la Coupe du monde, un patriotisme fallacieux, selon lui, qui cache en son sein du pur chauvinisme.
Pour être critique, la vision que le philosophe a du football n’en est pas moins négative, voire sombre. Robert Redeker dans sa réflexion qui se veut détachée et objective semble essentialiser le football.

Le Mondial de Russie me semble lui apporter un net démenti eu égard à l’ambiance générale (bon enfant) dans laquelle se sont déroulées quasiment toutes les rencontres. Ce fut une réussite au point de vue non seulement de l’organisation mais également de la qualité de football avec son cortège de suspense, de rebondissements, d’émotions, de sensations.

Il y a donc une autre manière de voir les choses qui ne prétend pas à l’impartialité, et encore moins à l’objectivité.
Ce que je retiens du Mondial de Russie se décline, si je puis dire, au « formidable ». Car ce qui m’a intéressé, c’est moins les coulisses que le spectacle que j’ai regardé avec des yeux innocents (un tantinet).

C’est ainsi que j’ai pu retrouver à ma grande joie le football que j’aime. Le football qui véhicule des valeurs : celle du mérite et du fair-play où le vainqueur renonce à l’arrogance et où le vaincu (hormis le portier belge, Courtois, qui porte mal son nom) aime à féliciter le gagnant.

J’ai également constaté non sans émerveillement que le football, loin de déchainer la haine et le chauvinisme, génère l’amour et la communion. La belle et sympathique présidente croate en a donné la plus belle illustration qui soit. Les images qui la montrent fraterniser avec le président Macron sous une pluie battante, sans souci de protocole, ses tendres accolades données aux joueurs français (vainqueurs) et les consolations affectueuses prodiguées aux Croates (vaincus) ont contribué à faire de la finale une grande fête inoubliable.

Où l’on voit que quand on lui restitue son sens pur, le football qui est une représentation, procure du bonheur, suscite une communion et devient une catharsis, c’est-à-dire une libération des passions. Voilà pourquoi, n’en déplaise au philosophe qui déteste le ballon rond et n’aime pas l’islam, je continue à aimer le football…

Abbès BEN MAHJOUBA
Tunis-Hebdo du 23/07/2018

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