Yassine Brahim : « Nos indicateurs en termes d’investissement et d’emploi, étaient plutôt positifs en 2015 »

Yassine brahimTunis Hebdo | Yassine Brahim, ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, revient sur la note d’orientation du plan de développement quinquennal (2016-2020) présentée la semaine dernière, à l’ARP, par le Chef du gouvernement, et la part de responsabilité de son parti, Afek Tounès, dans la dernière crise sociale.

Tout d’abord, que peut-on attendre de ce nouveau plan de développement, notamment en termes d’investissements ?

Lors de la première année de ce plan (2016), nous visons une croissance de 2 ou 2,5%, qui nous permettra d’embaucher entre 50.000 et 60.000 employés. C’est un objectif réalisable.

L’année 2016 sera, en effet, l’année du redémarrage, à l’instar de 2017, d’ailleurs. Mais à partir de 2018, on va accélérer le rythme pour qu’en 2020 on arrive à réduire le taux de chômage de 15,3 à 12%.

Mais pour concrétiser cela, il faudra d’abord que les manifestations s’arrêtent. Je ne suis pas contre les manifestations. Mais à un certain moment, les gens doivent comprendre que si on continue ainsi, les investisseurs vont se désister, et la situation va se détériorer davantage.

Nous comprenons l’impatience des citoyens – c’est tout à fait légitime -, mais ce n’est pas une raison pour prolonger indéfiniment les manifestations.

« Le comité des affaires publiques a déboursé 5400 milliards en 2015 »

Ce n’est pas comme ça qu’on va attirer de nouveaux projets. La paix sociale doit être absolument instaurée. Le plus tôt possible. J’espère aussi que sur le plan sécuritaire les choses vont s’améliorer et qu’il n’y aura plus d’attentats terroristes, et ce, afin que les secteurs clés de l’économie, tel le tourisme, redémarrent.

Pourquoi l’année 2016 serait-elle meilleure que les années précédentes ?

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, nos indicateurs en termes d’investissement et d’emploi, étaient plutôt positifs en 2015. Je vais vous citer quelques chiffres pour que vous me compreniez.

Au niveau des projets d’investissement publics, le comité des affaires publiques a déboursé 5400 milliards en 2015, soit une croissance de 70% par rapport à l’année précédente. Des projets réalisés par l’Etat, qui ont permis d’employer des entrepreneurs, des ouvriers, etc.

« Ce que nous avons gagné dans l’Industrie,
nous l’avons perdu dans le tourisme »

Pour ce qui est des projets d’investissement privés, nous avons enregistré, en 2015, 5% de croissance dans le secteur de l’Industrie. Idem pour l’investissement étranger, dans lequel nous avons enregistré une hausse de 21%.

Mais ces chiffres assez encourageants n’ont, malheureusement, pas été vus, à cause des attentats terroristes. En effet, ce que nous avons gagné dans l’Industrie par exemple, nous l’avons perdu dans le tourisme, où beaucoup de gens ont perdu leurs emplois.

Ce déséquilibre économique global (entre les différents secteurs) ne nous a pas permis d’avancer. Ceci dit, nous restons très confiants pour cette année.

Quelle est la part de responsabilité de votre parti Afek Tounes, membre de la coalition au pouvoir, dans la dernière crise sociale ?

Tous les Tunisiens, y compris notre parti Afek Tounès, assument une part de responsabilité dans ce qui s’est passé. Mais en ce qui me concerne, je perçois les manifestations qui ont eu lieu comme une sorte d’alerte signalant au gouvernement que le rythme avec lequel il est en train de changer les choses n’était pas suffisant. Une alerte qui a été reçue.

C’est de cet angle-là que je vois les choses. Car, je reste convaincu que l’année dernière, nous avons réalisé un bilan très respectable. Le rythme n’est peut-être pas très rapide, mais en gros, nous sommes sur la bonne voie.

Il faut juste accélérer le rythme des décisions gouvernementales – ce que nous sommes en train de faire, d’ailleurs -, décentraliser la prise de décision et apporter un nouveau sang aux administrations régionales et locales, et ce, afin d’améliorer la qualité et le temps des décisions à prendre.

« Il faut du temps pour que les investissements apportent leurs fruits »

Aujourd’hui, en Tunisie, nous avons trois gros problèmes : le chômage, l’insécurité et la cherté de la vie. Nous avons bien évidemment d’autres problèmes – tel le problème des déchets, etc. -, mais les trois problèmes les plus importants et les plus urgents à résoudre demeurent ceux que je viens de vous citer.

Pour ce qui est de la sécurité, notre pays est en train de déployer des efforts considérables, depuis 2011 (dans la mesure de ses moyens), pour rétablir le calme. Car comme tout le monde sait, la sécurité est une condition essentielle pour encourager l’investissement.

Sans sécurité, il n’y a pas de d’investissements. Et sans investissements, il n’y a pas de création d’emplois. Ceci dit, il faut aussi que les gens comprennent qu’il faut du temps pour que les investissements apportent leurs fruits.

Pensez-vous que la page des dernières manifestations sociales a été définitivement tournée ?

Si nous sommes allés la semaine dernière à l’ARP, avec le Chef du gouvernement, c’est pour rassurer le peuple et pour discuter avec les députés, qui doivent jouer d’ailleurs leur rôle. En effet, ces derniers doivent expliquer à leurs électeurs l’état des lieux actuel, souligner les efforts du gouvernement et les risques engendrés par les manifestations.

« Arrêtons de croire que le secteur public va embaucher tout le monde ! »

Donc, ce qu’il nous faut c’est un peu de patience (entre six mois et un an), pour permettre au gouvernement de réaliser ses objectifs. On peut faire une révolution chaque deux ou trois années. Mais après, il ne faut pas se plaindre après de ne pas avoir d’emploi. Si les manifestations continuent, on va perdre une année supplémentaire.

Dans votre page Facebook, vous avez posté le slogan suivant : « En gros, il faut une révolution des mentalités ». Que voulez-vous dire par là ?

Oui, il nous faut une révolution des mentalités, et ce, sur plusieurs plans. Par exemple, il faut qu’on arrête de croire que l’Etat et le secteur public vont embaucher tout le monde. Entrepreneuriat et le secteur privé sont désormais l’alternative. D’ailleurs, en parlant entrepreneuriat, on peut noter que le nouveau code d’investissement sera présenté à la commission des Finances de l’ARP, cette semaine.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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