Noômane Fehri : « Plus la fracture numérique se creuse, plus notre retard nous coûtera cher »

Noomane fehriNoômane Fehri, ministre des Technologies de l’Information et des Communications (TIC), revient sur son programme national ambitieux relatif à la démocratisation des nouvelles technologies.

Vous avez dis que la Tunisie doit « reprendre un certain leadership mondial dans le domaine de l’internet et l’économie digitale ». Est-ce qu’on a vraiment les moyens pour ça ?

Bien sûr que si. Car si les barrières à l’entrée dans l’économie traditionnelle sont assez élevées, l’entrée dans l’économie digitale ne nécessite qu’une bonne connexion internet et une tête bien faite. Il suffit juste de combiner les deux.

Pour ce qui est de la bonne connexion internet, nous nous sommes fixé pour objectif de fournir un accès à Internet à haut débit à toutes les familles tunisiennes d’ici à 2020.

Et pour ce qui est des têtes bien faites, nos enfants ont démontré, via leur présence un peu partout dans le monde, qu’ils étaient très compétents.

« Une économie numérique qui représente 25% du PIB,
c’est possible dans 5 ans ! »

Donc, la Tunisie peut bel et bien prétendre à un certain leadership mondial dans le domaine de l’internet et l’économie digitale, d’autant plus qu’elle détient déjà un leadership naturel au niveau du continent africain.

Aujourd’hui, l’économie numérique ne représente que 5% du PIB. Pourquoi ce taux est-il si faible ?

Ce chiffre a été réalisé avant mon arrivée au ministère. Ça serait un peu injuste de me juger sur ça. En ce moment, nous sommes en train de travailler pour que l’économie numérique représente au moins 25% d’ici 2020.

Nous sommes conscients que le monde est en train de changer à une très grande vitesse. Certes, l’économie traditionnelle est en train de bouger normalement, mais il y a, en parallèle, une économie nouvelle -l’économie numérique-, qui est en train d’évoluer d’une manière exponentielle.

Et si nous ne comblons pas, dans les trois à cinq années à venir, cet écart entre notre avancement linéaire en termes de technologie et l’avancement exponentiel du nouveau monde digital, nous serons hors du monde. Personne d’entre nous, je pense, ne souhaiterait que la Tunisie soit hors du monde.

« La nouvelle technologie doit être démocratisée
afin de garantir l’égalité des chances
entre les régions et entre les sexes »

Donc, il faut vraiment mettre l’accélérateur pour rattraper le monde numérique. Car plus la fracture numérique se creuse, plus notre retard nous coûtera cher.

Et c’est dans ce cadre que nous allons, durant les quatre années à venir, installer l’infrastructure nécessaire (fibres optiques, etc.) afin que toutes les familles tunisiennes soient connectées au haut débit. Car sans une infrastructure adéquate, il n’y aura pas d’internet, et donc pas d’économie numérique.

D’ailleurs, en parlant d’infrastructure, il faut savoir aussi qu’un kilomètre de fibre optique (outil principal d’accès à internet et au numérique) coûte 60 fois moins qu’un kilomètre d’autoroute. C’est pour vous dire qu’avec le peu de moyens qu’on a, on peut le faire.

Salem Ayari, secrétaire général de l’Union des diplômés chômeurs (UDC), estime que le budget alloué à la réduction de la fracture numérique entre les régions aurait dû être consacré à l’emploi et à la lutte contre la pauvreté, notamment dans les régions défavorisées. « Ces régions-là ont des préoccupations plus urgentes qu’internet », a-t-il dit. Que lui répondez-vous ?

Il faut comprendre que la nouvelle technologie n’est pas une finalité en elle-même. C’est un moyen d’améliorer le quotidien des citoyens et de booster l’économie. De plus, est-ce que vous savez que plus le taux de pénétration à internet augmente, plus le taux de croissance devient élevé. Et quand on parle de taux de croissance, on parle inévitablement de création d’emplois.

Pour revenir à votre question, je dirais que ce genre de critiques nous rappelle les critiques dont a été la cible le président Habib Bourguiba, lorsqu’il prônait l’école pour tous, à l’aube de l’Indépendance.

On lui lançait souvent des répliques du genre: « Vous nous parlez d’école pour tous, alors qu’il y a des gens qui ont faim ? ». Mais grâce à sa clairvoyance, il a défié tout le monde, et on sait aujourd’hui qu’il a fait le bon choix.

« Nous comptons fournir 50.000 emplois
au profit des sociétés internationales et
50.000 emplois dans les start-up »

Aujourd’hui, on est presque dans le même cas de figure. Il y a une nouvelle indépendance (la Révolution) et le gouvernement a opté pour « les nouvelles technologies pour tous ». On sait qu’on est en train de faire le bon choix et on va continuer dans cette voie-là car tout le monde y trouvera son compte, y compris les demandeurs d’emplois.

La nouvelle technologie doit absolument être démocratisée afin de garantir l’égalité des chances entre les régions et entre les sexes.

Vous avez annoncé que votre ministère vise la création de 100.000 emplois d’ici 2020. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

En effet, dans le cadre du programme «Smart Tunisia» (Tunisie Intelligence), qui vise à hisser la Tunisie au rang de destination compétitive en matière de technologies de la communication et d’économie numérique, nous comptons fournir 50.000 emplois au profit des sociétés internationales et 50.000 emplois dans les start-up.

Notons que d’ores et déjà, 12 sociétés tunisiennes et étrangères ont signé des conventions, à ce propos, pour créer 3100 emplois en Tunisie. Nous sommes aujourd’hui à 6% de nos objectifs sur 5 ans. C’est pas mal !

Propos recueillis par Slim MESTIRI


Numérisation des courriers administratifs interministériels

Noômane Fehri, ministre des Technologies de l’Information et des Communications, a signé, ce lundi 28 décembre, au siège de son ministère, le contrat du projet d’installation du système de gestion électronique du courrier.

Le ministère et la société « Archimed », ont en effet signé, un accord d’appel d’offre publique qui s’inscrit dans le cadre du système d’achats publics en ligne « tunisian e-procurement system //TUNEPS// ».

L’appel d’offres remporté par Archimed, consiste à réaliser un projet pilote visant à mettre en place un système de gestion électronique du courrier.

Ce projet sera exécuté au niveau de cinq ministères pilotes, à savoir les ministères des Technologies de la communication, de la santé, de la formation professionnelle et de l’emploi, du développement, de l’investissement et de la coopération internationale, outre la présidence du gouvernement.

Les échanges de courrier qui se feront de manière électronique, se limiteront aux documents administratifs entre ces départements.

L’objectif est d’éliminer les documents administratifs à l’horizon 2020 et de permettre leur échange électronique.

A.B.

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