Torture : Radhia Nasraoui dénonce les « pratiques sauvages » qui ont lieu dans les prisons

Après la mort suspecte d’Abdelmajid Ben Saad Jeddi, le 13 mai dernier au siège de la brigade d’investigation de la Garde nationale de Sidi Bouzid, l’Organisation contre la torture en Tunisie (OCTT) a organisé, ce mardi  19 mai, une conférence pour présenter le cas de toutes les morts dans des conditions suspectes des derniers mois.

Radhia Nasraoui, avocate des droits de l’Homme a souligné l’importance de faire « des enquêtes sérieuses et rapides » pour ce type de cas.

[quote_box_center]Il y a une très grande lenteur concernant les enquêtes de la police et de la justice. Nous avons exigé une enquête rapide pour trois cas, a souligné Radhia Nasraoui.[/quote_box_center]

Trois affaires de morts suspectes

Les familles des victimes étaient présentes lors de cette conférence au siège de l’OCTT. Trois affaires de morts suspectes en prison ont été présentées.

La première est le cas de Lofti Hmida, survenue le 20 avril dernier à Sfax. Il s’était fait renversé par une voiture de police qui était à sa poursuite. Les forces de l’ordre avaient attendu plusieurs heures avant d’emmener l’homme gravement blessé à la nuque à l’hôpital.

OCTT - Webdo - K.Nasraoui
Photo : Webdo | Khaled Nasraoui

Transféré à la prison de Messaadine le 21 avril, son état de santé s’était rapidement détérioré, conduisant à une paralysie totale. Il est décédé de la suite de ses blessures le 22 avril.

Le deuxième cas est celui de Abdelmoneem Zayani, 22 ans qui était vendeur ambulant à Tunis. Le 3 février il s’est fait arrêter avec son frère et a été condamné à huit mois de prison ferme à Mornaguia.

Il s’était plaint à sa famille de subir des violences en prison, notamment des chocs électriques. Après plusieurs semaines de prison il lui était impossible de manger, boire et même bouger. Il s’est éteint après deux interventions chirurgicales le 26 avril 2015.

Enfin, le troisième cas est celui de Abdelmajid Ben Saad Jeddi, mort au siège de la brigade d’investigation de la Garde nationale de Sidi Bouzid. Il avait été arrêté une première fois pour vol en février 2015 et avait porté plainte le 14 avril contre les agents de la brigade d’investigation de la Garde nationale de Sidi Bouzid pour torture.

Il avait été relâché puis arrêté à nouveau pour vol le 12 mai 2015. Le 13 mai, sa famille a été informée de son suicide.

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Photo : Webdo | Khaled Nasraoui
Les conditions de garde à vue

Radhia Nasraoui a également soulevé le problème des conditions de garde à vue :

[quote_box_center]Il faut réduire la garde à vue qui est de six jours, à vingt-quatre ou quarante-huit heures. […] Il faut surtout que l’avocat puisse être présent lors de l’interrogatoire.[/quote_box_center]

L’avocate dénonce les « pratiques sauvages » qui ont lieu dans les prisons après la « révolution de la dignité » : [quote_box_center]La torture ne va pas avec la dignité.[/quote_box_center]

L’OCTT souligne que ces cas de morts dans des conditions suspectes « indiquent une dégradation significative de la situation des droits de l’Homme en Tunisie et plus particulièrement celle des détenus auprès de la police judiciaire. »

Elodie Potente

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