Vigilance quand tu nous manques ! – par M’hamed Ben Youssef

TRIBUNE – Le peuple tunisien est encore sous le choc suite à l’attaque à Kasserine, dans la nuit de mardi à mercredi passé, du domicile du ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou.

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Agression meurtrière hautement spectaculaire et minutieusement préparée, révélant, si besoin est, les capacités de nuisance de ces criminels djihadistes agissant en coordination avec d’autres échelons de la nébuleuse terroriste à l’échelle africaine.

La vingtaine de tueurs -fortement armés et vêtus en paramilitaires- cherchaient à prendre en otages des membres de la famille du ministre. Ils font partie de l’«Organisation de l’Etat islamique en Tunisie» dépendant d’Ansar Achariaa, patronnée directement par Abou Yadh dont on se demande, toujours, qui, en haut lieu de la «Troïka», lui a permis de «s’évaporer» du pays en voiture pilotée jusqu’en Libye (tenez-vous bien !) par un policier en service, selon la rumeur.

Depuis, les citoyens ne cessent de se demander qu’à côté du manque encore d’une expérience consommée de la majorité des éléments de nos forces de sécurité, pourquoi y a-t-il eu autant de naïveté dans l’exercice de la garde d’une résidence d’un ministre de souveraineté, dans une région si propice aux infiltrations de nos ennemis. Autre que le manque d’armement moderne et sophistiqué, pourquoi n’y a-t-il pas de caméras de surveillance installées autour de la demeure de cette personnalité ?

N’empêche, nos forces ne doivent nullement se laisser dominer par un relâchement quelconque, fût-ce même un moment. Car, on ne sait jamais quand les djihadistes frappent, d’autant plus que nous sommes en guerre déclarée et permanente contre eux. Ceux-ci disposent (ne l’oublions pas) d’environ 420 cellules dormantes réparties sur 13 gouvernorats, de plusieurs groupuscules campant à l’étranger en plus de formations nichées comme des taupes dans les djebels Chaâmbi, Selloum, Sammama, etc.

Tous ces irréductibles sont armés jusqu’aux dents. On achemine des lots d’armes de tous calibres de notre voisin du sud. Celui-ci constitue leur véritable base arrière de ravitaillement et de repli. Dans la patrie de l’ex-guide Kadhafi, on compte jusqu’à 40 millions d’armes en circulation entre les mains des civils, (soit cinq par habitant), ce qui facilite de les voir s’entretuer, fréquemment, entre eux.

Quant aux terroristes tunisiens -dont deux mille environ s’entraînent dans les camps islamistes appropriés et autant sont répartis dans la fournaise syrienne que les barons des djihadistes enrôlent à leur retour, lors de leur passage chez notre voisin- ils s’approvisionnent dans les arsenaux récupérés, depuis la chute du dictateur de Tripoli.

Notons que les experts avancent qu’un djihadiste sur sept retournera son arme contre sa patrie, une fois regagné le bercail, venant d’Afghanistan, du Pakistan, du Yémen, du Mali ou de Syrie.

Les «soucis» des Tunisiens, depuis l’affaire d’El Rouhia jusqu’à celle de Kasserine, faisant au total 45 tués et 20 blessés parmi nos forces de sécurité, proviennent directement des affres de la Libye si mal partie, dès le lendemain de sa révolution. Et en plus de la contrebande permanente organisée à travers nos frontières communes, nous hébergeons, chez nous, près de deux millions de réfugiés libyens qui ne sont pas tous à l’abri du besoin matériel.

Aussi, contribuent-ils à creuser davantage l’énorme déficit de notre caisse de compensation. D’où, en partie, notre mal de vivre et les difficultés financières de notre Trésorerie générale…
A l’évidence, nos cauchemars proviennent, en grande partie, de l’ex-Jamahirya, vaste pays, en pleine anarchie et divisé en plusieurs «principautés pétrolières» où chaque tribu dispose de ses propres unités paramilitaires et ne reconnaît pas l’autorité centrale de la capitale.

Il est vrai qu’on ne choisit pas ses voisins, d’autant plus qu’avec un Kadhafi à la tête de son «royaume», alors que la Tunisie a balayé son dictateur, il nous aurait sûrement férocement attaqués militairement. Du reste, il avait préparé des unités tchadiennes pour cette aventure, avortée grâce à l’intervention salutaire de l’aviation occidentale.

Toutefois, le «Guide» nous a laissé, comme héritage sordide, ses terrifiants arsenaux d’armes de tout gabarit où tous les malfrats africains «s’abreuvent» à leur guise et à bon marché.
Kadhafi, mort ou vivant, ne cesse de nuire à la «petite» Tunisie aux moyens limités, à l’autodéfense encore mal aiguisée et à la classe politique divisée en 140 partis perdant un temps précieux à se chamailler pour tenter d’accaparer les «fauteuils».

L’éradication du terrorisme et ses scabreux desseins demande du temps, beaucoup de temps, et un prix fort cher à payer. Sommes-nous, tous, en mesure de faire autant de sacrifices ? Ne doit-on pas nous adosser à des Etats plus expérimentés que nous dans le domaine de la lutte contre la nébuleuse djihadiste héritière d’Al-Qaïda ? Des questions qui taraudent les esprits et méritent de l’attention…

Si une lente stratégie cohérente est en train de voir le jour, pas à pas, entre l’Algérie et la Tunisie, il faudrait que cette entente ou alliance s’étende, vite, au-delà, à d’autres pays africains comme le Mali, le Tchad, etc. Entre-temps, il nous faut compter sur nous-mêmes d’abord et sur nos modestes forces. Celles-ci doivent faire preuve d’un maximum de vigilance.

Une vigilance de tous les instants et partir du constat que le cycle des attentats risque de ne pas finir aussi vite que nous l’aurions, tous, souhaité. Il faudrait, dorénavant, savoir et pouvoir vivre avec ce cancer qu’est le terrorisme qui est parvenu à s’implanter -et ce n’est pas du tout une surprise- même chez nous.

M’HAMED BEN YOUSSEF

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