Pourquoi la Tunisie intéresse-t-elle tant l’Italie de Matteo Renzi ?

Jean-François Coustillière
Jean-François Coustillière

Tout juste investi, le nouveau président du Conseil italien, Matteo Renzi, a annoncé que son premier voyage à l’étranger sera en Tunisie, et non pas Bruxelles (capitale de la Belgique et de l’Union européenne), ou toute autre capitale européenne. « Nous souhaitons que Mare Nostrum (nom donné à la Méditerranée par les Romains durant l’Antiquité) redevienne centrale », avait-il déclaré.

«Matteo Renzi veut en quelque sorte jouer, auprès de l’Union européenne, la carte de l’«avocat» de la Méditerranée en commençant par la Tunisie, qui est aujourd’hui pratiquement la seule puissance du sud de la Méditerranée avec laquelle l’Italie peut correspondre de gouvernement à gouvernement de façon sérieuse», souligne Jean-François Coustillière, consultant sur les questions euro-méditerranéennes.

Dans une interview accordée au site JOL Journalism Online Press, Jean-François Coustillière estime, d’autre part, que l’adoption de la nouvelle Constitution est un «bon signe». «Lorsque vous regardez les pays du sud de la Méditerranée, à l’exception de l’Algérie et du Maroc qui sont sous des régimes forts et dans lesquels des puissances plus importantes que l’Italie sont déjà très investies, tous les autres pays n’ont plus de gouvernement représentatif, ou bien ils ont été mis en place de façon tout à fait contestable et risquent de devenir illégitimes assez rapidement», fait-il remarquer.

D’après lui, «la révolte de 2011 a déstabilisé la Tunisie, a mis en place des autorités qui n’étaient pas capables de donner la priorité à l’économie, jusqu’au moment où la Constitution a été adoptée». «Désormais, la perspective que la Tunisie devienne un partenaire fiable, crédible et de confiance est ouverte, soutient-il. Les Italiens perçoivent donc le rapprochement et la reprise des négociations avec la Tunisie comme un moyen de contribuer au renforcement de la stabilité du pouvoir tunisien».

Par ailleurs, la question de l’immigration demeure un des priorités centrales de la visite, programmée pour début mars, de Matteo Renzi. «C’est pourquoi l’Italie a dégagé […] 73 millions d’euros pour aider la Tunisie à créer des PME/PMI, et ainsi développer quelques emplois qui pourraient contribuer à stabiliser l’immigration», affirme Coustillière. «Tant que l’on ne fera rien qui permette à la Tunisie de gérer ses problèmes de frontières, tant au nord qu’au sud, le problème ne se sera pas résolu», assure-t-il, cependant.

Jean-François Coustillière n’écarte pas, toutefois, la possibilité que la visite de Matteo Renzi s’inscrive, également, dans le cadre de l’amélioration des relations avec la Libye. «L’Italie ne peut rétablir la relation avec la Libye directement, compte tenu du désordre actuel libyen. Matteo Renzi ne serait-il donc pas en train d’essayer de renouer les relations avec la Libye en s’appuyant sur la Tunisie qui connaît bien sa voisine libyenne ? Cela a pu jouer dans la décision du nouveau chef du gouvernement italien de se rendre en Tunisie», explique-t-il.

Né le 20 février 1949 à Bizerte, Jean-François Coustillière est un ancien de la Marine nationale française. Il a créé, en 2006, le cabinet, JFC Conseil, dédié aux questions méditerranéennes.

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