Pour cause d’absence de protection policière… Bendirman quasiment interdit de concert !

bendirmanphotoL’auteur compositeur Bayram Kilani alias Bendirman et dont la renommée vient de ses chansons satyriques particulièrement critiques du régime déchu, vient de se voir signifier par la voix d’un syndicat de police qu’il ne fera pas comme il est de coutume, l’objet d’une protection policière lors de son concert à Gabes, prévu le 24 juillet 2013… Motif invoqué, Bendirman comme tous les rappeurs tunisiens est déclaré persona non grata par la corporation des forces de l’ordre ?! sic.

Outre le fait que les policiers, de par leur qualité de fonctionnaires de l’Etat, payés par l’argent du contribuable, n’ont pas légalement à refuser une mission de maintien de l’ordre public, ils n’ont pas de surcroit à sélectionner qui parmi les artistes doit bénéficier ou pas d’une protection de son spectacle, y compris les rappeurs. Sinon juste pour information, l’artiste en question n’est pas particulièrement connu pour faire partie de la communauté des rappeurs tunisiens (ce qui est loin de constituer une tare, loin s’en faut). Un surplus d’information de la part d’une population censée être la plus informée du pays ne ferait donc en l’espèce aucun mal.

De plus, ce refus d’assurer la protection d’un spectacle n’est pas la première dans son genre. Déjà l’année dernière, l’humoriste Lotfi Abdelli a du, lui aussi, faire face à pareille situation et son spectacle a du être annulé avant que les choses ne puissent rentrer dans l’ordre. De même, il y a deux jours, le one man show de Mohamed Ali Nahdi, présenté à Sbeïtla, a du être interrompu après la désertion des forces de l’ordre du lieu du spectacle, outrées dit-on, par quelques passages jugés offensants à leur égard.

A considérer que le corps de la police ait été vraiment pris à parti par l’artiste en question, n’y a-t-il pas d’autres moyens de faire valoir ses droits surtout… dans un Etat «réputé» de droit ? Abandonner de cette façon son poste d’affectation et manquer à son devoir de maintien de l’ordre n’exposent t-ils pas les spectateurs présents et le(s) artiste(s) à de possibles dangers pouvant menacer leurs intégrités physiques. Est-ce de par cette manière que doivent procéder des représentants de la loi ? Il y a mille lieux de penser que cette façon de faire constitue un fait unique dans les annales policières en Tunisie et partout de par le monde.

Avec tout le respect qu’on peut avoir pour les agents de l’Etat ayant pour mission le maintien de l’ordre et le respect de la loi, nul n’est en dessus du principe de la liberté d’opinion et de création. Les agents publics policiers, magistrats ou autres comme toute autre corporation ou corps de métier ne bénéficient nullement d’une immunité contre la critique. Ce refus d’assurer les spectacles de certains artistes est une forme de censure à peine voilée et une trouvaille bien de chez nous.

En effet, après les comités de censure du temps de la dictature siégeant au ministère de la Culture, voici donc venu le temps de la censure policière par la toute nouvelle technique dite du «fait accompli» et dont voici les contours ; tu nous critiques ? … Ok, c’est noté… dans ce cas, vas te débrouiller comme un grand avec la foule… et si par malheur (ou bonheur ?) tu reçois quelques jets de pierres ici et là, c’est ton problème… tu l’auras bien cherché ?!

Que les lecteurs puissent m’excuser de présenter cette nouvelle technique de censure ainsi mais je n’ai pas trouvé mieux pour rendre compte du génial procédé de censure inventé par le syndicat des forces de l’ordre. Un syndicat dont les responsables ne semblent pas avoir été bien inspiré sur ce coup et qui certainement viennent d’adopter une posture qui les renvoient très loin de l’image de la police républicaine qu’ils s’évertuent à nous renvoyer.

Enfin, je ne puis terminer sans rappeler que le ministre de l’Intérieur porteur d’une double casquette au niveau fonctionnel n’est pas seulement ministre du recours à la force publique quand il y a atteinte à l’ordre public, mais qu’il est aussi le ministre gardien des libertés citoyennes et de leur libre exercice. Prérogative qu’il semble avoir tendance à oublier par moments… mais qu’il devra s’en soucier d’avantage… Commencer par mettre fin à cette pratique inacceptable de ses administrés constituera incontestablement un excellent signe dans ce sens.

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