Le billet de Hatem Bourial – Près de 90% des Tunisiens sont mécontents et inquiets

Tunisie - inquiétude (photo - l'express.fr)Les chiffres sont généralement aussi têtus que les faits. C’est ainsi que, selon un récent sondage réalisé par Sygma pour le quotidien « Le Maghreb », les chiffres publiés donnent froid au dos tout en étant un reflet plutôt fidèle de la situation que nous vivons.

Voyons ces chiffres de plus près. Selon l’institut de sondage, voici ce qui ressort de l’enquête effectuée au mois de mars dernier :
– 87% des Tunisiens sont mécontents et inquiets de la situation économique qu’ils vivent
– 80% des Tunisiens sont mécontents et inquiets de la conduite des affaires dans le pays
– 69% des Tunisiens redoutent l’extrémisme islamiste

Bien entendu, il ne s’agit que d’un sondage. Toutefois, les figures sont d’autant plus inquiétantes qu’elles paraissent raisonnables, rationnelles. En effet, elles traduisent bien le malaise ambiant sur fond de délitement des valeurs et de fuite en avant d’une Troika au pouvoir qui s’est enferrée dans un déni de réalité.

N’éludons pas la question : Faut-il croire ces chiffres ou faut-il les prendre avec les pincettes de toutes les précautions ? En effet, un sondage n’est qu’une image à un moment donné d’une réalité. De plus, il repose sur un échantillon réduit, mais représentatif, de la population. En Tunisie, nous n’en sommes pas encore à la tyrannie des sondages dans notre vie politique et sociale mais il ne faut pas non plus rejeter cette méthode d’écoute de la population.

Certains vont hurler leur colère devant des chiffres aussi accablants, d’autres vont y trouver une illustration de leurs craintes. Pour notre part, nous ne pouvons que les commenter (superficiellement, il est vrai). Que disent donc ces chiffres ?

Ils nous disent simplement le ras-le-bol des Tunisiens devant l’incurie qui règne. Ils nous disent aussi le rejet global de l’amateurisme narcissique de nos gouvernants et de leur opposition qui peine encore à aborder les questions de fond. Ils nous disent enfin qu’une vaste majorité de Tunisiens rejette la politique de l’autruche de gouvernants qui préfèrent ne pas regarder la vérité en face et multiplient ad nauseam diversions et écrans de fumée.

En deux mots, je crois que les résultats de ce sondage ressemblent à un « il y en a assez de votre incompétence, de vos mensonges et de vos vestes à faces multiples ». Ainsi, une solution à la crise économique, plus de sérieux dans la gestion des affaires et une mise au pas des extrémistes deviennent à rebours les trois priorités des Tunisiens.

Ce qui me permet de conclure que devant la détérioration tous azimuts de la situation, plus personne ne se soucie du chômage des jeunes ou des déséquilibres régionaux. Et pourtant, ce sont ces deux éléments conjugués qui ont mené à la révolte un peuple désespéré.

Que sont donc devenus les objectifs de la révolution ? Dissous dans la violence des ligues islamistes qui prétendent les protéger alors qu’elles ne font qu’instaurer la terreur propice au maintien au pouvoir de leurs champions contre la volonté du peuple, s’il le fallait.
Un terrible péril guette la Tunisie. Les résultats de ce sondage l’expriment de manière feutrée. Reste à savoir si les politiciens sauront écouter la voix du peuple, celle de la raison…

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Post-scriptum : un voyage en Europe puis des soucis de santé sont à l’origine de l’absence de cette rubrique durant les deux derniers mois. Je reprends donc le fil interrompu et ne peux que constater qu’en deux mois, les choses se sont davantage compliquées alors que la Tunisie attend toujours une sortie de l’impasse.

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