Tahar ben Hassine convoqué par un juge d’instruction: la liberté d’expression de nouveau rudement malmenée

Tahar ben hassineTahar Ben Hassine, est un personnage par définition clivant, n’ayant pas la langue dans la poche et ne cachant pas ses préférences politiques, celles d’aujourd’hui comme d’hier. Il n’a rien pour plaire à certaines personnes et en premier lieu aux tenants du pouvoir.

De cet ancien prisonnier politique sous l’ère Bourguiba, on pourra tout dire sauf qu’à un moment particulièrement terrible de l’ère Ben Ali, sa chaine «El Hiwar» avait été le refuge unique de toute l’opposition en résistance à l’époque, et cela des islamistes aux progressistes en passant par les militants de la société civile.

Quand tous les medias exception faite d’Al Mawkef , d’Attariq Al jadid et de Mouwatinoun faisaient la sourde oreille et se voilaient la face en pleine révolte du basin minier, cette chaine fut la seule à couvrir la répression sauvage des revendications sociales de la population du bassin minier et ses journalistes à l’instar de Fahem Boukadous et à moindre degré Aymen Rezgui en payèrent un lourd tribu.

Autre fait à l’actif de Tahar Ben Hassine et sa courageuse équipe de journalistes, sa chaine eut le mérite, à force de reportages poignants de relever des drames aussi malheureux que celui des prisonniers politiques islamistes sauvagement réprimés par l’ancien régime mais aussi des drames que beaucoup ont tendance à oublier, ceux qui sont vécus par les oubliés et les terrassés de Ben Ali, ces Tunisiens perdus dans des hameaux vivant dans des gourbis, subissant vagues de froid et canicules, mal nourris et mal soignés.

La mission journalistique de Tahar Ben Hassine c’est un condensé de tout cela, un progressiste dans l’âme qui continue à faire du journalisme militant de proximité et qui sans faire de concessions à ses adversaires politiques n’a pas hésité leur tendre la main quand une masse de tunisiens n’évoquaient leur sort qu’en murmurant, bien-sûr, quand ils ne se taisaient pas ou pis encore les accablaient en donnant raison à leur tortionnaire.

Aujourd’hui, l’homme de média, qui se présente d’abord comme un militant de la démocratie et des libertés est convoqué devant un juge d’instruction pour le chef d’accusation de propagation de fausses nouvelles de nature a troubler l’ordre public. Encore une fois, recours est fait à cet article «fourre tout» dont la seul utilité sous l’ère Ben Ali et maintenant sous le magistère de la troïka est de sangler un peu plus la liberté d’expression dans le plus hermétique des corsets. Le temps n’est t-il pas venu d’abroger cet article dont plus rien ne semble justifier sa présence… Sauf peut être servir d’alibi légal pour bâillonner encore plus les esprits libres dans ce pays.

Cette énième convocation d’un journaliste ou d’un homme de media (en l’espèce Tahar Ben Hassine et non seulement journaliste, propriétaire d’un média mais aussi responsable dans une instance d’un parti politique à savoir Nida Tounes) rend compte de ce qu’est l’instrumentalisation de la justice par le pouvoir politique. En effet, bizarrement, seuls les adversaires de la troïka ou les auteurs de propos critiques à l’encontre de ces derniers voient leurs propos tomber sous le coup de cette loi liberticide.

En résumé après avoir voulu en vain asphyxier financièrement la chaine Hiwar par l’injonction faite aux annonceurs de ne plus alimenter cette dernière en insertions publicitaires, le pouvoir sort l’arme de dissuasion massive, la justice comme instrument d’éliminer les voix libres.
Gardons toutefois confiance dans nos juges, ces derniers montrant de jour en jour leur refus d’être les composantes d’une institution sous la coupe de l’exécutif… Messieurs de la troïka, la justice roulant sous les ordres du ministre, tout cela relève d’un passé révolu, trouvez donc une autre astuce pour museler la presse et les citoyens libres… Même si au demeurant, je vous le garantis d’avance…dans ce domaine désormais le slogan c’est (NO PASSARAN).

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