Le billet de Hatem Bourial – À la Kasbah, le mur de la honte

Depuis plusieurs mois maintenant, les barbelés ne suffisent plus à Hamadi Jebali pour s’isoler de la vox populi (vox dei). En effet, les abords du Palais du gouvernement à la Kasbah sont ultra-sécurisés, ce qui somme toute est dans l’ordre des choses. Seulement, pourquoi avoir élevé un mur, une sorte d’hideuse barricade en bois blanc?

Cet authentique mur de la honte n’honore nullement ceux qui l’ont érigé. Faut-il leur rappeler que du temps de Hedi Nouira, le simple citoyen pouvait tendre une lettre au Premier ministre alors qu’il quittait ses bureaux? Faut-il souligner que la place de la Kasbah, symbole de la révolution, ne saurait être souillée de la sorte? Et puis, sont-ce des manières de se comporter pour un chef de gouvernement légitime et consacré par les urnes?

Avec cette palissade de la honte, le gouvernement est pris en flagrant délit d’autisme et en plein déni de réalité. Cela doit être rassurant de mettre entre soi et le peuple un mur et des barbelés. Toutefois, cela suffit aussi à renseigner sur la popularité du gouvernement actuel et sa manière d’envisager les relations avec le public.

Symbole du fossé qui sépare un gouvernement immobile et une rue en colère, ce mur de la Kasbah n’est que l’une des multiples avanies de la Troika au pouvoir. Signe de mépris et d’enfermement dans des convictions qui vacillent, ce mur est une balafre sordide, une verrue purulente sur le visage de la démocratie naissante. À lui seul, il résume et aggrave l’échec des islamistes au pouvoir qui, au vu de cet édifice, ne peuvent se targuer ni de popularité ni d’adhésion massive des Tunisiens.

Il est temps de démanteler ce mur de la honte, monsieur Jebali. Comme il en dit long sur votre sens de l’écoute, il pourrait vous coûter cher politiquement. Car, au fond, à quoi sert ce mur sinon à vous isoler de la réalité et vous boucher les yeux et les oreilles devant les demandes légitimes des Tunisiens qui continuent à manifester leur colère et leur incompréhension devant toutes vos promesses non tenues.

Enfin, ce mur qui retentit comme un symbole est une première dans l’histoire d’une Tunisie qui a connu d’autres crises sans jamais aller jusqu’à ériger un mur sur la place du gouvernement. Et dire que c’est le premier gouvernement issu d’élections qui se rend coupable d’une telle dérive…

Les barbelés pour les corps et un mur pour les yeux

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