Opinion – Ne réveillez surtout pas …un Ministre qui dort

L’année universitaire est à peine entamée et les campus refont parler d’eux, non pour nous livrer de bonnes nouvelles, genre telle faculté s’est hissée à tel classement mondial* ou encore  telle unité de recherche a obtenu tel autre prix international mais pour nous informer que la gabegie et la violence sont bel et bien de retour dans nos facultés.

A la faculté de Jendouba un « différend » opposant le conseil scientifique et une dizaine d’étudiants non admis en masters dégénère en violences verbales (insultes et menaces) suivi de séquestration (d’abord des agents administratifs puis du doyen et enfin de tous les membres du conseil scientifique) pour aboutir finalement à la plus grave des décisions à savoir la suspension des cours .

 

Hier, c’était au tour de la faculté des lettres du 9 avril de s’embraser et de se transformer en un véritable champ de bataille et cela consécutivement à l’expédition punitive qu’aurait mené certains membres de l’UGTE, d’obédience islamiste ( renforcés pour l’occasion par des éléments étrangers à la faculté), contre l’UGET, syndicat rival de sensibilité progressiste.

Selon les témoignages que nous avons pu recueillir, un élément majeur ressort des récits des témoins, à savoir le nombre impressionnant de termes empruntés au lexique guerrier pour décrire les événements survenus dans l’enceinte universitaire ; Champ de bataille, groupes armés, assaut, expédition punitive, représailles, cris de guerre, repli tactique, contre offensive, charge, etc… Une enseignante présente sur les lieux, et qui a pu se refugier dans un bureau, évoque même des « scènes de guérilla urbaine similaires à celles ayant eu cours au Liban du temps de la guerre civile » ….

Tout cela parait à peine croyable…

Mais détrompez vous, ces actes de violences ne sont pas les premiers du genre dans la Tunisie post révolution. Déjà l’année dernière, les facultés de lettres de Kairouan, de La Manouba, et de Sousse ont vécu pareilles péripéties avec, à chaque fois, un extraordinaire flegme gouvernemental et un désintéressement quasi total du Ministère de tutelle.

En effet, tout ce qui semble intéresser notre « Ministre du siècle », c’est la multiplication de masters en finance islamique, le développement de la coopération avec les fleurons du savoir mondial, en l’occurrence, les « prestigieuses » facultés de l’Arabie saoudite et du Qatar et bien évidemment réussir « la mère des reformes » à savoir obtenir la reconnaissance légale du droit au port du niqab. Entre-temps, des facultés peuvent brûler, des vies humaines être mises en danger, des cours se faire suspendre, du matériel et des installations appartenant à la communauté nationale partir en mille morceaux … Tout cela est bien secondaire devant l’impératif de « ré-islamiser » l’université selon les standards de monsieur le Ministre.

Conclusion, l’université peut se transformer en champ de ruine, les étudiants s’entretuer façon « game boy » mais en vrai, le Ministre ne pipera mot et, pis encore, continuera à roupiller tranquillement dans son confortable fauteuil …

Pour le réveiller, il faut beaucoup plus que ça, un truc qui bouscule, qui fait froid dans le dos, comme par exemple une faculté qui viendrait à interdire le port du niqab ou un département qui refuserait d’adapter le contenu des enseignements selon les nouveaux critères islamo-légal, là vous verrez le grand scientifique bondir et de tout son poids rendre la question une affaire d’Etat, une priorité nationale absolue …

En dehors de ces deux cas de figure, il n’y a absolument rien à entreprendre et  surtout tâchez de ne pas réveiller …………un Ministre qui dort !

 

 

* le classement mondial des meilleurs universités du monde vient d’être dévoilé. Fait remarquable, aucune institution tunisienne  n’a été retenue même dans les profondeurs du classement ( voir ce lien :  http://www.timeshighereducation.co.uk/world-university-rankings/

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