Polémique autour de la liste noire des journalistes que Lotfi Zitoun veut publier

Depuis l’accession au pouvoir de la Troïka, les ministres d’Ennahdha majoritaires au sein du Gouvernement Hamadi Jebali n’ont pas eu de cesse de critiquer les médias et de remettre en cause leur manque d’objectivité et d’impartialité.
Il semblerait que les journalistes, qui étaient inféodés au régime de Ben Ali et qui se sont convertis en révolutionnaires invétérés à la faveur de la chute de la dictature, sont légion. Cette question nullement anodine, et qui n’a jamais fait l’objet d’un vrai débat depuis le 14 janvier 2011, semble tenir aujourd’hui le haut du pavé si l’on se réfère à la vidéo de Lotfi Zitoun, conseiller auprès du chef du gouvernement, largement diffusée sur les réseaux sociaux et commentée par plusieurs sites.

Dans cette séquence, le ministre conseiller observe que les médias n’ont pu procéder à leur propre assainissement, et vont jusqu’à critiquer le Gouvernement de ne pas le faire. En conséquence de quoi, Lotfi Zitoun a tenu à préciser que la liste noire des journalistes corrompus serait sur le point d’être finalisée et serait aussitôt publiée avec preuve à l’appui.
Le conseiller très spécial de Hamadi Jebali n’en reste pas là. Il va jusqu’à considérer les médias en question une « menace » pour les acquis de la Révolution.

De tels propos ostensiblement accusateurs n’ont pas manqué de susciter des réactions. La plus marquante revient à Zied El Hani. En effet, le membre du bureau exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) rejette en bloc l’attitude de Lotfi Zitoun et répugne à la démarche du Gouvernement dont l’objectif est, selon lui, de « faire taire les médias pour conserver le pouvoir. » A la station radio Tataouine, Zied El Hani apporte une précision qui en dit long sur les intentions du Syndicat sur cette délicate question : «  le syndicat avait demandé au Gouvernement la liste des journalistes qui ont travaillé avec la police politique et l’ATCE, mais celui-ci a fait la sourde oreille » a-t-il déclaré. Et ce dernier de demander aux autorités de livrer au SNJT tous les documents relatifs aux journalistes accusés afin que la publication de cette liste noire soit effectuée de façon professionnelle et s’appuyant sur des arguments irréfutables.

S’il est vrai que la publication de tous ceux qui ont plus que flirté avec l’ancien régime allant jusqu’à porter préjudice à la déontologie de la profession est d’une nécessité impérieuse, force est de constater le progrès dans le traitement de l’information. Ce n’est pas l’avis du Gouvernement. On se souvient des critiques adressées par Lotfi Zitoun à l’encontre du journal télévisé de la chaîne nationale, voici quelques semaines. Le conseiller politique avait souligné lors d’un débat l’absence d’objectivité de ce média, jugé hostile à l’action gouvernementale.

Cette réflexion, conjuguée aux griefs de même nature exprimés tour à tour par Rached Ghannouchi, Ali Laârayedh, quelques députés nahdhaouis de l’ANC, laissent croire à une volonté de mise au pas des médias par le Gouvernement de Hamadi jebali. Evidemment, rien n’est parfait en matière d’information et de son traitement, cependant l’on ne peut tout réformer en si peu de temps. Ce qui est certain, ce qu’une réelle démocratie ne peut se réaliser sans médias libres et responsables. Une affaire de temps mais surtout de volonté politique qui croit fondamentalement au principe de l’alternance. Ce n’est hélas pas l’impression que l’on à la lumière des agissements des uns et des autres.

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