Opinion – De la classe… politique

On m’a toujours appris qu’il ne fallait jamais séparer le fond de la forme. Avec nos dirigeants politiques, j’ai appris à les dissocier, depuis un bon moment, je ne m’intéresse plus à la forme, car elle ne vole pas très haut. L’essentiel pour moi est de chercher à comprendre et à analyser le fond pour en tirer quelques conclusions.
Hier, l’interview accordée par le premier ministre Mr Jebali à la chaîne de télévisionTV5 était une démonstration de médiocrité, un palabre qui n’avait ni fond ni forme !! (voir ici partie 1 et partie 2 de l’entretien)

Sur la forme, nous avons assisté à un massacre en bonne et due forme de la langue de Molière. Dans une locution banale, une sorte de lallation, Mr le premier ministre nous a gratifiés de quelques perles rares qui resteront dans les annales, et dont il serait préférable de ne pas épiloguer ! Toujours avec son sourire énigmatique, Hammadi Jebali nous a donné l’impression, à maintes reprises, qu’il ne saisissait même pas le sens des questions qui lui étaient posées par les journalistes, lesquels n’avaient pas caché leur « amusement ».

Et quand il était acculé à ses lacunes en langue française, Jebali a préféré s’exprimer en arabe. Il n’y a pas de honte à ce qu’un responsable ne sache pas parler une langue étrangère, la honte réside justement à s’entêter à le faire. Jebali aurait dû s’exprimer en Arabe du début jusqu’à la fin de l’interview, personne ne lui en aurait voulu, d’autant qu’il appartient à une obédience idéologique qui prône l’arabisation et qui a toujours mené un combat contre ce que Mr Marzouki a appelé  » la pollution linguistique ».

Revenons maintenant au plus important, le fond. Le premier ministre s’est retranché dans une attitude évasive et les journalistes ont eu du mal à lui extirper des réponses concrètes aux sujets brûlants.

Quand on lui a parlé des figures du RCD qui ont adhéré à Ennahdha par exemple, il s’est contenté de sourire… Pour lui, la présomption d’innocence doit être garantie à tous les RCDistes, entendez par cela à ceux qui sont désormais loyaux à Ennahdha.

Interrogé sur l’imam de la Zitouna qui avait appelé au meurtre des artistes, Jebali a confirmé sans détour que ce dernier a bel et bien repris son prêche vendredi dernier.

Pour la « question » salafiste, Jebali a dit que ces derniers, je cite : « exprimaient ce que le peuple tunisien pense », cette analogie n’était pas à plaire à tous les Tunisiens, certainement pas à ceux qui ne se reconnaissent pas dans les idéaux de ce groupuscule qui ne dépasse en aucun cas la dizaine de milliers ! Est-ce cela l’image que l’on veut donner aux investisseurs étrangers ?

Mais pourquoi s’offusquer d’une telle prestation ? N’avons-nous pas été habitués,depuis que la troïka est au pouvoir, à de telles conduites ? N’avons-nous pas déjà vu un Zitoun à l’action, malmenant opposants et syndicalistes ? N’avons-nous pas entendu le président de la République parler un langage roturier, soi-disant proche du peuple, le dernier en date étant son fameux « hé-nendebhom » proféré lors d’un meeting à Gafsa ?

Ne sommes-nous pas gavés des interventions des Ben Salem Frères, de Tahar Hmilaou de Brahim Qassas ? Madame la ministre de la femme ne nous a-t-elle pas indiqué d’aller boire l’eau de la mer ?

Cette interview accordée à un média étranger a encore une fois démontré que notre classe politique n’a pas… la classe.

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