Contagion de la grogne sociale : Hamadi Jebali saura-t-il s’adresser aux Tunisiens ?

Le gouvernement issu des élections démocratiques du 23 octobre connaît une entame de prise de pouvoirs éminemment critique. Il ne s’est pas écoulé un mois que l’équipe gouvernementale se trouve heurtée aux pires difficultés engendrées par la phénoménale culture du sit-in et de la contestation.

L’ampleur de cette forte agitation sociale, toute compréhensible qu’elle puisse être ne manque pas de susciter des interrogations sur la volonté de mettre les bâtons dans les roues du gouvernement de la part de forces occultes hostiles à la troïka, et prêtes à en découdre jusqu’à la faire tomber. À cet égard, Samir Dilou, le porte-parole du Gouvernement Jebali, n’a pas tort de rappeler que généralement les gouvernements fraichement élus bénéficient d’un délai de grâce sauf en Tunisie. Ce qui le conduit à invoquer une regrettable intention de sabotage qui nuise en définitive à l’ensemble de la population. Il souligne au passage le fait que toute l’équipe gouvernementale est au fait de ces revendications qui pour être légitimes n’en sont pas moins inacceptables lorsqu’elles s’accompagnent de violence.

Un rapide survol de la situation générale donne en effet l’impression que tout le pays est en ébullition. Du nord au sud en passant par les régions connues pour être dociles (comme celle de Kairouan), c’est la même chanson et le même son de cloche qu’on entend : sit-in, grève, rassemblement, blocage… Voilà ce à quoi se décline la quotidienneté de la Tunisie depuis quelques jours, marquée par une escalade dont personne ne voit l’issue. Pour preuve, voici un petit échantillon de la grogne rampante qui gagne toute la province : à Gafsa, un groupe de jeunes au chômage bloque la route de Gafsa à Gabès et entrave l’acheminement du phosphate ; à Jendouba, des élèves ont décidé de faire grève en signe de contestation pour le manque d’eau dans leur établissement ; à Nefza, le mouvement des sit-ineurs s’est endurci bloquant toutes les issues d’entrée dans la ville ; à Sidi Bouzid, les professeurs ont suspendu les cours et revendiquent plus de sécurité à la suite des agressions dont ils ont fait l’objet par certains élèves… À cela s’ajoutent d’autres affaires : celle du frère du ministre de la Justice, Noureddine Bhiri, qui vient d’être gracié provoquant dans la foulée un vif émoi, puisqu’il serait accusé de pédophilie ; celle aussi de l’ancien directeur des brigades d’intervention, Moncef Laâjimi. D’abord suspendu de ses fonctions, ce denier vient de faire l’objet d’un mandat d’amener émis par le tribunal du Kef dans l’affaire des tueries de Thala et Kasserine. Mais peut-être l’affaire la plus odieuse qui a suscité l’indignation de tous sur la Toile est-elle celle touchant à l’actuel ministre de l’Intérieur. La diffusion d’une vieille vidéo datant des années 90 l’exhibant avec un autre prisonnier dans des positions intimes s’inscrit sans aucun doute dans cette volonté éhontée de déstabiliser Ali Laârayedh. Y aurait-il un lien de cause à effet entre la diffusion de la scandaleuse vidéo et le sort réservé à Moncef Laâjimi. ? Rien n’est moins sûr.

Ce qui est certain en tout cas c’est que devant cette escalade d’affaires et de contagion des manifestations tous azimuts, le Gouvernement Jebali semble dans l’incapacité de répliquer, de sortir de sa réserve pour mettre un point d’honneur à résorber la crise sous peine d’aller au-devant d’une situation explosive aux conséquences imprévisibles. Du charisme, de l’envergure, de l’autorité, mais aussi de la fermeté, ce sont là les exigences aujourd’hui de l’homme politique aux commandes, à même de ramener le calme et de rasséréner une population gagnée par une sinistrose. Faute de médiateur que le Gouvernement se doit d’engager pour trouver des solutions idoines à la crise, les responsables aux affaires se trouvent dans la nécessité impérieuse d’intervenir et de s’adresser à la population minée par un moral en berne. On se rappelle que dans de telles circonstances, Béji Caïd Esebssi, en dépit de ses petits dérapages, a su convaincre par la pertinence de ses interventions les Tunisiens et leur redonner confiance.

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