Les fables d’Ommi Traki – Chichus et les coupeurs de cheveux en quatre

Salut les jeunes ! Vous m’avez bien manqué durant cet été. Et me revoilà, toujours prête à rendre service.

Saviez-vous par exemple qu’à l’époque des beys, la charge de fermier des monopoles du tabac avait pour nom «caïd essebsi»?

En ce temps, il y avait des caïds qui étaient gouverneurs et d’autres qui étaient chargés des marchés, des ports, du lac, des silos ou des boulangeries.

Ainsi, plusieurs noms de famille sont en fait des fonctions administratives ou militaires. Citons par exemple, Kahia, Lagha, Khaznadar, Bach Hamba ou Caïd Essebsi.

Sans vouloir être familière avec notre actuel premier ministre, je pourrais le surnommer Chichus. Je trouve que ce sobriquet lui va bien vu qu’il a la prestance d’un empereur romain et des antécédents dans le «tombac».

Et, venant d’une vénérable dame, cette «tarbija» ne peut que lui remonter le moral. D’autant plus qu’il fait trop souvent l’objet d’attaques plutôt injustes.

Mon cher Chichus, ne te laisse pas distraire par ces crocs en jambe qui —tu as de l’expérience!— n’ont rien de surprenant.

Écoute plutôt la veille Traki et médite cette histoire qui pourrait en dire long sur certains de tes contradicteurs.

Vous aussi les jeunes, écoutez mon histoire et n’en perdez pas une miette vu que Jha va y éclairer la lanterne de Chichus…

Le fils de Jha n’avait que treize ans et il ne se trouvait pas beau. Il était tellement complexé par sa laideur qu’il refusait de sortir de la maison.

«Les gens vont se moquer de moi», disait-il à son père qui lui répétait sans cesse qu’il ne faut pas écouter ce que disent les gens.

Mais son fils ne voulait rien entendre et s’enfermait dans ses complexes. Alors, pour lui montrer que les gens critiquent souvent à tort et à travers, Jha dit à son fils: «Demain, tu viendras avec moi au marché».

Tôt le matin, ils se dirigèrent vers le souk, le père aussi sur son âne et le fils marchant à côté de lui.

A l’entrée de la place du marché, des gens étaient assis à bavarder. A la vue de Jha et de son fils, ils y allèrent de leurs commentaires:

– «Regardez-moi donc cette brute. Il est assis sur le dos de son âne et laisse son pauvre fils marcher à pied. Il n’a pas de cœur. Pourtant, il a déjà bien profité de la vie et pourrait laisser la place aux plus jeunes».

Entendant ces propos, Jha dit à son fils: «As-tu bien entendu? Demain, tu reviendras avec moi au marché!».

Le lendemain, Jha et son fils firent le contraire de ce qu’ils avaient fait la veille. Le fils était sur l’âne et le père marchait à ses côtés.

A l’entrée de la même place, les mêmes hommes se mirent à faire des commentaires: «Regardez donc ce jeune homme ! Il n’a aucune éducation. Il trône sur l’âne et laisse son pauvre vieux père marcher à pied. Mais dans quel monde vivons-nous!».

Entendant ces propos, Jha dit à son fils: «As-tu bien entendu? Demain, tu reviendras avec moi au marché»!

Le troisième jour, Jha et son fils arrivèrent sur la place du marché en tirant l’âne derrière eux.

Les hommes du souk se moquèrent alors: «Regardez ces deux imbéciles, ils ont un âne et ils marchent à pied. Comme ils sont stupides!»

Entendant ces propos, Jha dit à son fils: «As-tu bien entendu? Demain, tu reviendras avec moi au marché!»

Le lendemain, Jha et son fils se juchèrent tous les deux sur le dos de l’âne. A l’arrivée au souk, les quolibets ne tardèrent pas: «C’est indigne! Ces deux personnes n’ont aucune pitié pour ce pauvre âne. On aura tout vu !».

Entendant ces propos, Jha dit à son fils: «As-tu bien entendu? Demain, tu reviendras avec moi au marché!».

Et c’est ainsi que le cinquième jour d’affilée, Jha et son fils firent leur arrivée au marché. Cette fois, tous deux portaient l’âne sur leur épaules.

Toujours assis à la même place, les commères au masculin furent impitoyables: «Regardez donc ces deux fous. Au lieu de monter sur leur âne, ils le portent. Comme ils sont ridicules !».

C’est alors que Jha, les yeux brillants de malice, se tourna vers son fils: «As-tu bien entendu? Quelque soient tes actes, les gens trouveront toujours le moyen de critiquer. Dès lors, il vaut mieux ne pas trop écouter ce qu’ils disent».

Je me permettrai d’ajouter qu’il est vrai que tout est relatif et qu’on échappe rarement aux médisants et aux chicaneurs.

Ne dit-on pas que la critique est un impôt que l’envie perçoit sur le mérite? Ne dit-on pas qu’une crise de nerfs n’est pas une opinion?

Car, mon cher Chichus, je suis convaincue, à l’écoute de certains bateleurs dérisoires, qu’il y a des gens qui sont nés pour servir leur pays et d’autres qui sont nés pour servir à table.

Qu’on me permette enfin de remercier l’admirable Larbi Nasra pour tout ce qu’il fait pour notre peuple. Je lui adresse donc mes remerciements puisqu’il semble que c’est là une nouvelle coutume de la Tunisie révolutionnaire.

Allez, il est temps de vous laisser, car mon fils Ali est encore en train de faire des siennes. Et surtout, n’oubliez pas: «Ommi Traki ness mleh».

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