Le gouvernement provisoire et la magistrature fustigés sur Al-Jazeera

Lors d’une émission présentée hier sur la chaîne d’information qatarie «Al-Jazeera» et à laquelle ont pris part Maître Abdennasser Aouini, avocat, un analyste politique, et le porte-parole du ministère de la Justice, M. Kadhem Zine El Abidine, le gouvernement de Béji Caïd Essebsi et le corps de la magistrature ont été fortement dénigrés par les deux premiers, alors que le porte-parole a tenté de justifier les dernières décisions.

Il s’agit des derniers développements sur la scène juridique tunisienne, les procès en cours, mais surtout les décisions prises par certains juges à l’encontre de certaines figures du régime du président déchu Ben Ali de les libérer, à l’instar de l’ex-ministre de la Justice et des droits de l’homme puis de l’Education Béchir Takkari.

Les intervenants ont dénoncé la position «réconciliatrice» du gouvernement Essebsi et la «bienveillance» de la justice à l’encontre de nombreux individus du régime déchu et du RCD trempés dans la malversation et le trafic d’influence et qui viennent d’être élargis.

Prenant l’exemple de l’amie du Palais et la «fidèle» de Ben Ali, Saïda Agrebi, qui vient de quitter en toute liberté le pays pour la France, maître Abdennasser a précisé qu’une plainte a été déposée par le ministère des Finances à son encontre et que la justice n’a pas daigné prendre les mesures nécessaires pour la traduire. Pour le porte-parole du ministère de la Justice, la concernée n’a été touchée par aucune décision de justice et de ce fait, comme l’avait justifié le ministère de l’Intérieur, elle est libre de voyager et de quitter donc le territoire tunisien.

Pour Béchir Takkari, c’est un grave dossier d’abus de pouvoir à l’encontre de certains juges mutés abusivement, d’atteintes à la liberté des autres et autres exactions auquel il se trouve confronté et pourtant il vient d’être libéré. Ce qui prouve selon cet avocat que le corps de la magistrature reste encore gangréné par les mêmes figures du régime de Ben Ali et que le gouvernement de Essebsi cherche à tourner la page sans tenter de juger ces coupables.

Maître Abdennasser a donné, suite à une question de la journaliste, trois propositions pour dépasser cette crise qui touche aux fondements de la révolution et de ses buts. La première concerne la nécessité pour la masse, le peuple de redescendre dans la rue afin de dénoncer ces pratiques et exiger des alternatives au gouvernement et au système judiciaire. La deuxième est la constitution d’un tribunal d’exception, d’une Cour de justice indépendante formée de magistrats intègres choisis par une commission se démarquant des autres créées à ce jour. Enfin, la troisième est la nécessité de l’accélération des procédures judiciaires à l’encontre de tous les criminels du régime de Ben Ali, faisant partie de sa famille ou de toute personne ayant porté préjudice aux citoyens d’une manière ou d’une autre, cela dans le but de couper l’herbe à toute tentative d’échapper à la justice.

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