L’Édito – Liberté, liberté chérie…

Plusieurs sujets tarabustent aujourd’hui les esprits des citoyens tunisiens comme ce qui se passe au sein de la Haute Instance pour la Protection de la Révolution, les Réformes Politiques et la Transition Démocratique ou encore les grèves qui se succèdent au sein des institutions de souveraineté à l’image des forces de sécurité ou des instances judiciaires pour diverses raisons qui nous laissent franchement perplexes quant à leur temporalité et quant au contexte dans lequel elles interviennent. Mais, et indépendamment de l’importance et de la délicatesse de ces questions sur lesquelles nous pourrions revenir dans de prochaines contributions, le fait le plus important, à nos humbles yeux bien sûr, demeurent ce climat de violence et de terrorisme intellectuel que certaines tendances politiques, considérées comme extrémistes, entendent imposer à l’ensemble de la société tunisienne. Cela nous semble aussi grave que suspect et annonciateur d’un conflit social et politique qui pourrait constituer un péril réel dans la Tunisie que nous souhaitons construire, celle du respect des droits de l’homme, de tous les droits de l’homme sans exclusive, de la tolérance, de la liberté…

Nous n’allons pas décrire ce qui s’est produit au cinéma AFRICART ni devant le palais de justice comme faits violents, agressions ou dépassements mais nous devons nous convaincre que ce sont là les premiers pas d’une tentative d’instaurer un véritable terrorisme intellectuel et physique sur les esprits libres dans notre pays. Je ne parle pas des actes de violence qui se sont produits, semble-t-il, dans d’autres lieux où les citoyens se baignaient ou prenaient leur apéritifs…

Ces débordements sont très dangereux dans la mesure où ils touchent non seulement à l’ordre public et entendent mener le pays sur une voie que nous ne pouvons pas souhaiter, celle des agressions physiques ou pire encore ; mais parce qu’ils touchent surtout cette liberté pour laquelle les martyrs ont donné leurs vies, pour laquelle des centaines de militants des droits de l’homme ont été injustement emprisonnés durant des décennies, pour laquelle des familles entières ont été maltraitées ou décimées par un régime politique dictatorial.

Cette liberté, telle que nous la concevons, se rapporte aux idées et aux comportements des citoyens qui ne doivent pas être inquiétés lorsqu’ils les émettent ou les développent. Nous sommes au devant d’un formidable défi, celui que nous devons tous relever, partis politiques démocratiques, organisations des droits de l’homme, société civile, médias, citoyens, etc, afin de gagner ce droit à la liberté, de lui permettre de s’émanciper et de s’ancrer dans les esprits, celui qui consiste à nous opposer avec la plus grande fermeté à tout ce qui peut la menacer.

Sur ce plan, il faut bien se rendre à l’évidence que certains courants politiques, qui ont bénéficié du vent libérateur de la révolution, entendent aujourd’hui mettre sous leurs bottes cette même liberté. Pourquoi ? Comment ?

Peut être parce qu’ils ne croient pas réellement à cette même liberté, parce qu’ils la considèrent seulement d’un certain point de vue sectaire et uniforme, parce qu’elle part de leur profonde et inébranlable foi qu’elle ne peut se manifester que d’un seul et unique point de vue…

Comment le font-ils ? En usant de la carotte et du bâton ! La carotte pour ceux qui prétendent au « politiquement correct » avec un discours orienté vers l’opinion publique tout mielleux, et le bâton agité et utilisé par des illuminés manipulés et des bras armés qui entendent faire taire toutes les voix discordantes ou réprimer tout comportement qui n’entre pas dans leur moule rigoriste.

Autrement dit, tout ce qui peut émaner de la société doit être conforme à leurs « principes » et à leurs « croyances ». C’est cela même la dictature dont nous avons souffert tant longtemps ! Et c’est à cette dictature que nous devons dire non pour parvenir à édifier une société réellement démocratique, un pays ouvert et émancipé et un peuple vraiment libre !

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