Nos démissions trahissent la mémoire de nos parents et ancêtres

Le Club Africain et ses succès. Hassen Nouisri est en haut à gauche

Lundi dernier, après la parution d’une chronique consacrée à la mémoire de mon grand-père qui fut l’un des fondateurs du Club Africain, j’ai eu le plaisir d’un contact avec Khelil Chaibi, un clubiste emblématique.

A ma grande surprise, Khelil Chaibi dont nous connaissons et apprécions tous, le travail sur la mémoire du Club Africain, possédait quelques photos de mon grand-père Hassen Nouisri qui fut aussi le premier trésorier du club.

Voici les photos en question. Avec tous mes remerciements et ma gratitude. A mon tour, je partage ces tranches de vie qui sont au fond des pages d’histoire du Club Africain.

Ressortir nos grand-pères des greniers de nos mémoires

Hassen Nouisri, à droite, et les dirigeants du Club Africain. Années soixante

Ce ne sont pas de simples souvenirs mais aussi des moments d’une intensité rare. Car ce grand-père perdu il y a cinquante ans ne m’a jamais véritablement quitté.

Si le centenaire du Club Africain ravive sa mémoire, il n’en est pas moins très présent.
Aujourd’hui, mes parents l’ont rejoint dans l’éternité ainsi que plusieurs de mes oncles et tantes.

Tous ces repères forts de l’enfance et de l’adolescence sont fortement ébranlés. Et la vie continue. Avec parfois un camarade de classe qu’on enterre et plus cruel encore, le fils d’un parent ou d’un ami qui part sans crier gare.

Si nous ressortions nos grand-pères des greniers de nos mémoires, nous découvririons qu’ils étaient d’une modernité étonnante, qu’ils avaient vite compris qu’il y aurait beaucoup à gagner en opérant une synthèse conjuguant nos valeurs et celles de l’Europe.

Hassen Nouisri au milieu, avec Larbi Belhadj Sadok

Au fond, c’est à cette génération que nous devons d’avoir décrispé les relations avec le monde européen. Il y aurait bien des choses à dire sur cette génération qui s’est saisie de la modernité, a gardé un pied à la Zitouna tout en adoptant un mode de vie nouveau par rapport aux aïeux.

Farouchement tunisiens et modernistes

Mon grand-père, je crois, faisait la part tout en étant farouchement tunisien. Ses garçons et ses filles sont allés à l’école. Lui même avait reçu une éducation bilingue. Né en 1898, il faisait partie de la génération qui a su opérer une jonction entre la bourgeoisie classique et les forces vives du peuple.

En ce temps, ce n’était pas si évident que cela de jouer au foot dans un milieu conservateur qui se méfiait des visées coloniales.

Et pourtant, chaque association devenait vite un bastion indépendantiste. Le Club Africain ou la Rachidia auxquels mon grand-père a aussi appartenu ont mené une double mission pour l’émancipation de la Tunisie et le développement culturel des Tunisiens.

Y compris les femmes qui ont dès le dix-neuvième siècle bénéficié d’un coup de pouce venant des milieux éclairés et réformistes. Ces milieux progressistes qui ne voyaient en l’Islam ni un carcan ni un outil de manipulation.

Notre génération a mal pris le relais

C’est aussi à cela que je songe aujourd’hui. Mes propres incapacités. Cinquante ans après la mort de mon grand-père, je voudrais avoir le courage et la lucidité d’avouer que ma génération a mal pris le relais, s’est laissé écraser par un État qui se définissait par le sécuritaire puis se fait maintenant déborder par les islamistes qui ont fait main basse sur le pays grâce à de terribles connivences.

C’est pour cela qu’il importe de ne jamais baisser les bras et continuer à soutenir la modernité. Ne serait-ce que pour être digne de nos ancêtres qui ne se reconnaitraient certainement pas dans cette Tunisie actuelle.

Hassen Nouisri, debout à droite, en compagnie de Foued Mbazaa et Ahmed Ben Salah,entre autres.

Égaré entre retournements de barbes, chemises, vestes et pantalons, notre pays a perdu de vue les valeurs de probité, courage et bonne foi. Dominé par les faussaires et des usurpateurs mal élus, mon pays manque de moralité et se fait trop souvent prendre en flagrant délit de populisme.

Le projet totalitaire des islamistes

Comment s’y retrouver ? Comment retrouver le fil perdu de nos libertés devenues factices alors que guette le totalitarisme islamiste ?

Mon grand-père resterait aphone face à tant de délitements. Peut-être aurait-il pris son violon ou aurait-il joué une partie d’échecs? Peut-être aurait-il simplement égrené son chapelet ? Ou déployé son tapis de prières et lancé en son coeur une invocation pour le salut de la Tunisie ?

Ce pays est le nôtre. Celui de nos ancêtres qu’ils soient nés musulmans, juifs ou chrétiens. Celui de nos enfants qui sauront le remettre sur les rails de la modernité. Le nôtre aussi qui sommes un lien et un trait d’union entre hier et demain.

N’abandonnons jamais nos valeurs. Elles nous fondent et nous dépassent. Leur tourner le dos, c’est rompre le lien avec notre héritage, notre legs et notre responsabilité.

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